De l'importance de la taille, de l'emplacement...
La taille, la surface d'un tatouage, est un facteur déterminant dans sa conception, sa réalisation et la façon dont il va "vivre" avec son porteur. Aborder ce sujet implique de parler du support : le corps, et du motif : le tatouage et du rapport entre ces deux paramètres. Cela implique aussi de parler du rapport entre fond et forme, et entre emplacement et symbolique
Commençons par la taille: il y a deux types opposés de philosophies d'approches d'un tattoo : la première, anatomique et la seconde "sticker".
Collons au sujet...
Commençons par évacuer la seconde : celle que j'appelle "sticker" : à l’instar de l'autocollant, ce tattoo est par conception totalement indépendant de la partie du corps où il va se placer, son seul paramètre anatomique est une limite : par définition il ne peut pas être plus grand que la surface qui lui échoit.
Ce n'est pas une approche mineure dans la mesure où elle correspond la plupart du temps à des motifs sémiotiques : La signification prend souvent, le pas sur l'aspect.
Cela recouvre tout ce qui est de l'ordre du logo, du glyphe ou des petits dessins. Grosso modo cela défini un champ graphique qui va du Kanji (idéogramme japonais piqué aux chinois) au Biohazard (symbole de danger biologique) en passant par les petits dauphins, les croix, les chiffres... Sa taille importe peu au niveau signifiant, mais plutôt au chapitre pragmatique : trop petit il risque de se flouter par diffusion en vieillissant, trop gros il risque... d'être juste trop gros ! (voir un peu plus loin, "interférences")
Quant à l'emplacement, sa valeur est liée au signifié : par exemple la proximité du cœur est propice aux sujets familiaux, qu'à contrario j'ai tendance à déconseiller à proximité des organes génitaux (cela me semble assez logique : on ne tatoue pas le nom de sa mère à côté de ses bijoux, justement, de famille.)
Anatomie
La conception anatomique considère le tatouage comme un élément graphique corporel intrinsèque : autrement dit le motif doit se marier le plus possible au corps pour s'y intégrer et le mettre, de préférence, en valeur; en totale indépendance du style, que l'on envisage du japonais, du maori, du biomécanique...
N'oublions jamais que le visuel perçu d'un corps n'est qu'un ensemble de variations chromatiques liées au parcours de la lumière sur les surfaces qui le composent : ergo, le tatouage n'est ici considéré que comme l'une de ces variations lumineuses.
Interférences
Donc le tattoo peut influencer la perception du corps au même titre que les courbes corporelles. Plus un tatouage est grand, plus il va interférer avec l'aspect visuel du corps : l'orientation et la taille d'un motif peuvent mettre une musculature en valeur, ou renforcer un bourrelet jusque là discret...
D'où l’extrême importance que revêtent ces choix, ainsi que leur caractère unique et personnel : au passage, un argument de plus contre la copie "bête et méchante" du tatouage d'un autre, car ce qui met l'un en valeur ne fonctionnera très probablement pas sur l'autre, et vice et versa.
Il convient, sauf à les pousser dans le cadre d'une démarche raisonnée, d'éviter les contresens anatomiques : c'est le même principe que les bandes verticales ou horizontales sur les vêtements, celles qui soulignent les rondeurs ou les atténuent.
03 janvier 2013
31 décembre 2012
Les 7 pêchés Capitaux du tatouage (1) : L'Orgueil.
A l'instar de toute pratique artisanale - en ce sens qu'il implique un
savoir-faire, une technique -, le tatouage implique une humilité
constante, un recul et une critique constante de son propre travail.
Non que l'on ait le droit d'être légitimement fier de son art et de
son œuvre, ce qui reste l'une des principales gratifications d'un
travailleur honnête, mais, dans ce type de pratique à la fois
charnelle et définitive, l'Orgueil est un pêché mortel.
Il faut savoir raison garder.
J'ai plus d'une fois amorcé cette
réflexion en me promenant sur la toile en quête de culture
« tatouistique » : l'avantage de ce média étant de
proposer tout le spectre qualitatif de la pratique du tatouage, de la
pire bousille au chef d’œuvre le plus abouti.
Et s'il est une chose qui m'a plus
d'une fois choqué, ce n'est pas le concert de louanges mérité par
les pièces les plus réussies, mais celui, parfois à la limite de
l'absurde, déversé sur les plus immondes ratages.
Ceux qui se sont un jour intéressé
au tattoo sur internet sont tombés sur ce type d'aberration :
sous la photo d'un tatouage dont rien n'est à sauver, ni le modèle
ni l’exécution, quelques thuriféraires excités qualifiant
l’exécutant d' « artiste », de « meilleur »
ou de « génie » et le désastre présenté de
« magnifique », de « super beau » et je passe
sur les « waou » et autres borborygmes indécents et
déplacés.
C'est le genre d'expérience qui
permet de garder les pieds au sol lorsque son propre travail se voit
ainsi couvrir de compliments dithyrambiques...
Confusions
Je ne parle pas ici de facteurs
subjectifs d'appréciation d'un tatouage, mais bien d'une évaluation
objective : ceux qui m'ont déjà lu savent à quel point je
déteste ce que l'on appelle, souvent à tord, le « tribal »
(je ne parle pas bien sûr du vrai tribal : polynésien,
maori...), et bien confronté à une pièce bien réalisée,
équilibrée et posée, je saurai en reconnaître la valeur et
éventuellement en complimenter l'auteur.
Mais lorsque l'on connaît la facilité
avec laquelle se répand l'information de nos jours, comment se
peut-il encore que l'on puisse encore commettre d'aussi grossières
erreurs d'appréciation ? Confondre le bruit d'un craie sur un
tableau avec une Gymnopédie de d'Erik Satie ? Une fracture
ouverte et un massage thaïlandais? ( Imagé, n'est-il pas?).
Il est vrai qu'en amont, on peut se
demander comment certains scratcheurs, probablement autant dépourvus
de discernement que de scrupules, osent réaliser ce genre de
bousilles et les publier... et comment au vu de leurs réalisations,
certaines personnes peuvent encore leur confier ne serait-ce qu'un
centimètre carré de peau.
Dégonflage de chevilles.
Tout cela pour dire que nous, les
tatoueurs, faisons un métier dans lequel il est très facile de
perdre contact avec la réalité de son travail, pour une raison
probablement liée à une sorte de prestige social plus qu'à un
facteur rationnel et pragmatique : n'importe quel tatoueur, et
je dis bien bien n'importe lequel, du pire scratcheur punk à chien à
la star la plus médiatisée, et cela quelle que soit la qualité de son travail, se retrouve automatiquement courtisé,
caressé dans le sens du poil et porté au pinacle par une sorte
d'entourage aux motivations parfois sincères, souvent cryptiques.
Je ne crois pas que cela arrive aux plombiers ou aux plaquistes (dont
j'ai pu récemment apprécier par la pratique l'âpreté de la
tâche : chapeau bas, Messieurs !).
Tout métier manuel, tout artisanat
d'art demande, à contrario, une capacité de recul sur son propre
travail, une capacité de contrôle et d'autocritique, tout
simplement pour garantir au moins un seuil qualitatif constant sinon
une amélioration régulière, voire une quête d'excellence. Qu'un
client soit content du travail accompli est à la fois plaisant et
impératif, cela ne signifie pas qu'il n'y ait plus de marge de
progression pour faire encore mieux sur le projet suivant.
Perdre de vue cela ne peut mener qu'à
l'erreur ou à la faute, de trop nombreux exemples venant étayer ce
principe.
Paons et Parangons.
Je me méfie instinctivement de celui
qui clame être le meilleur, car ceux qui l'on fait, dans ce
département en tout cas, appartenaient plus souvent à la fin du
tableau qu'à sa tête, si un tel classement devait exister.
Qu'il y ait ensuite des gens pour les
croire relève d'un autre débat...
L'humilité seule permet d'avancer et
de comprendre que ce qui fait le sel et la sauvegarde de ce métier,
c'est de toujours apprendre et de toujours progresser. Amen.
04 janvier 2012
Appartenance et affinité
Parlons un peu...
Au cours d'une fort intéressante conversation que j'ai récemment eu avec une amie, j'ai vu resurgir l'un des clichés grégaires les plus réducteurs que l'on connaisse sur le tatouage : celui de "l'appartenance".
Non que cela soit venu en cours de discussion par manque de culture ou d'intelligence de mon interlocutrice, mais plutôt parce que, dans les quelques théories aillant abordé ces pratiques sous leurs aspects sociologiques, ethnologiques voir psychologiques, les mécanismes décrits sont parfois caricaturaux, simplistes ou obsolètes. Ces préjugés aillant connu leur plus funeste écho, en France, dans l'ignominieux rapport "Civatte"'(voir article), de l'académie de médecine, je cite :
"Ces modifications corporelles (...) traduisent plusieurs états : perception négative des conditions de vie, mauvaise intégration sociale, souci d’amélioration de l’image de soi, précocité des rapports sexuels avec grand nombre de partenaires, homosexualité, usage de drogues et consommation d’alcool, activités illicites et appartenance à un « gang », mauvaises habitudes alimentaires." sic.
Doit-on rire ou pleurer ?
Ce pamphlet aux remugles d'obscurantisme et d'intolérance, basé sur des études étrangères décontextualisées, n'est malheureusement que le stigmate d'une méconnaissance profonde du tatouage, des tatoueurs et des tatoués. Le mélange, voire la confusion, souvent fait entre tatouage et piercing en étant le signe le plus évident. Et donc, dans tout ce fatras pseudo-scientifique, de réapparaitre la théorie de l'appartenance.
Moutons de Panurge
"L’appartenance", cela signifie que le tatouage est :
-Soit réalisé dans le but d'appartenir à un groupe,
-Soit de facto un signe d'appartenance à un groupe.
Par delà la négation de l'individualité de chacun et de son libre arbitre, le tatouage se voit attribué une valeur communautaire qu'il n'a, le plus souvent, pas. Parler des "tatoués", c'est parler de gens dont le seul point commun est d'avoir de l'encre dans la peau : point barre.
D’expérience, s'il est bien une raison ultra-minoritaire dans le passage à l'acte "tatouage" c'est bien la raison grégaire. Le tatouage contemporain s'adresse à toutes les catégories sociales imaginables : riche, pauvres, éduqué ou pas, "monsieur-tout-le-monde" et "marginaux", grand-mères, ménagère de moins de 50ans ou clubbeuse invétérée, policier ou repris de justice...
Ce cliché à la peau dure perdure même au sein des peaux encrées ; à combien d'entre nous n'est-il pas arrivé de se faire cavalièrement aborder en pleine rue par de parfaits inconnus tatoués sur le mode de la familiarité, simplement parce qu'on a remarqué nos tatouages ? Le fait d'être tatoués, nous renvoie-t-il à une hypothétique caste inférieure de la population dépourvue d’éducation ou courtoisie, nous prive-t-il du plus élémentaire respect ?
C'est un peu comme si le fait de porter un pantalon noir m'intégrait à l'insu de mon plein gré à la grande communauté des "porteurs de pantalon noir", faisant d'eux mes frères de combat textile ! ... ou pas.
Ta mémé en maori !
A contrario, j'ai récemment entendu que quelqu'un reprochait à l'une de mes connaissances de trainer avec des "gens tatoués" : ces reproches -stupides- ne sont pas prêts de s'arrêter ! On peut estimer, en croisant les -rares- chiffres et estimations trouvés sur internet qu'environ 10% des français sont tatoués, chiffre en hausse constante ces 15 dernières années du fait d'une dédiabolisation de la pratique et d'une demande facilitée par une augmentation importante du nombre de tatoueurs.
Ergo, ne pas trainer avec des gens tatoués va devenir de plus en plus difficile voire quasiment impossible d'ici quelques années...
Les professionnels de la profession
Dans cette même veine, dans un magasine dédié au tattoo, j'ai lu l'article d'un collègue regrettant que chaque nouveau tatoueur s’installant dans "sa" ville ne vienne pas lui présenter ses respects dans la grande "tradition" des tatoueurs : quand un nouveau coiffeur s'installe dans ma bonne ville de Perpignan, fait-il le tour des centaines de concurrents que compte l'agglomération pour se présenter ? Non, je ne crois pas.
Je ne vois pas pourquoi le fait d'être tatoueur m’inclurait artificiellement dans une guilde avec les autres ""professionnels" du coin. L'un des grands combats du SNAT (Syndicat National des Artistes Tatoueurs) ces dernières années a été de faire du métier de tatoueur un métier comme n'importe quel autre, pour y arriver il faudra bien faire table rase des pratiques du passé...
J'ai sympathisé avec certains collègues, parce que je les apprécie humainement et non pas parce qu'ils sont tatoueurs. J'ai adhéré au SNAT parce que je considère que la structuration du métier est l'un des challenges les plus important qui attendent la profession dans un proche avenir.
Mais quand je vois débarquer dans mon magasin, un demi-clochard puant la crasse et l'alcool, comme cela m'est déjà arrivé une paire de fois, qui vient m'annoncer qu'il va ouvrir un shop en ville, et qu'au bout de 5 minutes de conversation courtoise au bord de l'asphyxie, il affiche une totale ignorance des plus simples règles d'hygiène, sans parler de la législation en place... Qu'ai-je en commun avec lui : rien. Ai-je envie de le voir dans mon magasin : non. In fine, faisons-nous le même métier : en aucun cas.
Concluons !
Il en a peut-être été autrement par le passé, mais aujourd'hui les "tatoueurs" sont, à l'instar des tatoués, une appellation impliquant un "plus petit dénominateur commun", en aucun cas un groupe identifiable comme tel. L'évolution du métier amenant de plus en plus de graphistes, illustrateurs et plasticiens à venir gonfler ses rangs, la profonde mutation et diversification du profil type viendra probablement à bout du cliché.
Même si une infinité de raisons co-éxistent (rite de passage, mode, appartenance...) : la raison majeure du tatouage contemporain en France est l'affinité. Une affinité personnelle, individuelle pour un motif, une signification, le travail d'un artiste... Une affinité aussi diverse que peuvent l'être ceux qui se font tatouer : une multitude de vécus, mais tout sauf un groupe homogène, réductible, étiquetable....
sources :
Rapport Civatte
28 octobre 2011
Non, non et renom...
Éthique, esthétique et politique commerciale...
Cela fait un certain temps que cet article me trotte dans la tête, sans que j'arrive à formuler de façon claire le fond abyssal de ma pensée. Cela concerne en un seul et même questionnement un bon nombre de niveaux de mon existence : éthique professionnelle, subjectivité esthétique et tactique commerciale. Une question que bon nombre de mes confrères se sont posé ou se poseront probablement un jour.
La forme est un peu abrupte, certes, mais suffisamment précise pour introduire une réflexion fondamentale : suis-je supposé faire tout ce que l'on me demande à partir du moment où l'on me paye pour cela ? La relation tarifée client/prestataire implique-t-elle que je renonce à mes idéaux et principes plastiques, efface-t-elle d'un coup de baguette financière ma personnalité pour me muer en vil exécutant quasi-mécanique de la volonté d'autrui ? La réponse est, bien-sur, "NON".
Nuancier
Je dois nuancer le propos, dans la mesure où les contingences économiques et fiscales, m'ont contraint, au début de mon activité, à faire des tatouages qui rencontreraient aujourd'hui une fin de non-recevoir catégorique et sans appel.
Il y a quelques années je disais à certains de mes clients :
"- ok, je te le fais, par contre, ne dis jamais que c'est moi"
Jusqu'à une fameuse nuit, veille d'un énorme affreux tribal, où je ne trouvais pas le sommeil tellement la pensée de réaliser une telle horreur me rendait nerveux. Cette nuit là je pris la décision d'inclure le mot "non" dans mon petit dictionnaire de relations commerciales.
De la négation constructive.
Dire "non" à quelqu'un qui vient vous voir avec un projet pitoyable mais rémunérateur peut sembler une mauvaise décision entrepreneuriale, cela peut aussi sembler arrogant, mais cela n'est ni l'un ni l'autre.
Premièrement, refuser de produire des tatouages de basse qualité a un effet positif sur l'image de mon travail, auprès du monde extérieur ; car la qualité des pièces produites est ma première publicité ; mais aussi à mes propres yeux : plus j'aime ce que je fais et mieux je le fais, cercle vertueux s'il en est.
Deuxièmement, comme n'importe quel projet à portée artistique, le tatouage est avant tout la rencontre de deux subjectivités, ce qui implique de facto trois possibilités : accord, indifférence, désaccord.
Trilogie
L'accord étant la situation idéale, qui quasi-utopiquement peut aboutir au nirvana de n'importe quel artisan / artiste / plasticien : la "carte blanche".
L'indifférence reste un champ alimentaire assez productif, s'y rangent tous les projets neutres, que je traite parce que je considère qu'une certaine humilité face à la volonté d'autrui est salutaire tant que cela n'implique pas de compromission ou de perçu contre-productif, et parce qu’un peu de pragmatisme commercial est nécessaire à la survie de toute activité.
Le désaccord n'est pas forcément un stade terminal, il peut aboutir, par le biais d'une communication, d'une écoute ou d'une négociation aux deux stades précédents... ou pas. Parfois il suffit de discuter avec la personne pour s'apercevoir qu'un terrain d'entente est possible, souvent les gens n'ont pas connaissance des possibilités offertes par le tatouage contemporain, ou du fait qu'il existe de nombreux styles, de nombreuses techniques. Souvent, ils ne connaissent pas mon travail (ce qui est tout à fait normal), un peu de pédagogie et ça repart !
Parfois, la demande est tellement en décalage avec ma pratique qu'il devient impossible d'envisager une voie commune : je pourrais faire une longue liste de bidules de très mauvais goût que l'on ma collé sous le nez : de la tête de pittbull en tribal, à la mauvaise copie de diablotin Harvey, Betty Boop, Taz (etc), en passant par plein de gribouillis en barbelés celtiques à plume d'indien, ou bien des contresens anatomiques, des erreurs à retardement...
Et quand on insiste très lourdement sur le principe du "client roi" en me faisant comprendre que mon avis est sans valeur, je peux devenir cassant, très cassant, pour le moins.
Parfois des gens qui connaissent mon travail essayent volontairement le contre-emploi, pour se heurter à un refus, et finir par me coller des épithètes injurieux : rien de très productif...
Alors non...
Non, je ne suis pas une "pute", et non, je n'ai pas pris la grosse tête, Je suis juste un honnête travailleur qui essaye de garder sa pratique à un niveau correct, voir un peu plus, et qui veut continuer à aimer aller bosser chaque matin et se regarder dans la glace sans faillir.
Je ne détiens pas la vérité absolue, je ne dis jamais "non" par plaisir ou légèreté, et l'on m'en a plus d'une fois remercié, ou voulu. Ceux qui ne comprennent pas, et ne comprendront jamais, n'ont strictement rien à faire sous mes aiguilles.
*J'emploie le terme "pute" sans préjugé négatif à l'encontre des péripatéticiennes.
PS : je ne mets pas de photos dans cet article pour éviter les mauvaises interprétations.
Cela fait un certain temps que cet article me trotte dans la tête, sans que j'arrive à formuler de façon claire le fond abyssal de ma pensée. Cela concerne en un seul et même questionnement un bon nombre de niveaux de mon existence : éthique professionnelle, subjectivité esthétique et tactique commerciale. Une question que bon nombre de mes confrères se sont posé ou se poseront probablement un jour.
Suis-je une pute* ?
La forme est un peu abrupte, certes, mais suffisamment précise pour introduire une réflexion fondamentale : suis-je supposé faire tout ce que l'on me demande à partir du moment où l'on me paye pour cela ? La relation tarifée client/prestataire implique-t-elle que je renonce à mes idéaux et principes plastiques, efface-t-elle d'un coup de baguette financière ma personnalité pour me muer en vil exécutant quasi-mécanique de la volonté d'autrui ? La réponse est, bien-sur, "NON".
Nuancier
Je dois nuancer le propos, dans la mesure où les contingences économiques et fiscales, m'ont contraint, au début de mon activité, à faire des tatouages qui rencontreraient aujourd'hui une fin de non-recevoir catégorique et sans appel.
Il y a quelques années je disais à certains de mes clients :
"- ok, je te le fais, par contre, ne dis jamais que c'est moi"
Jusqu'à une fameuse nuit, veille d'un énorme affreux tribal, où je ne trouvais pas le sommeil tellement la pensée de réaliser une telle horreur me rendait nerveux. Cette nuit là je pris la décision d'inclure le mot "non" dans mon petit dictionnaire de relations commerciales.
De la négation constructive.
Dire "non" à quelqu'un qui vient vous voir avec un projet pitoyable mais rémunérateur peut sembler une mauvaise décision entrepreneuriale, cela peut aussi sembler arrogant, mais cela n'est ni l'un ni l'autre.
Premièrement, refuser de produire des tatouages de basse qualité a un effet positif sur l'image de mon travail, auprès du monde extérieur ; car la qualité des pièces produites est ma première publicité ; mais aussi à mes propres yeux : plus j'aime ce que je fais et mieux je le fais, cercle vertueux s'il en est.
Deuxièmement, comme n'importe quel projet à portée artistique, le tatouage est avant tout la rencontre de deux subjectivités, ce qui implique de facto trois possibilités : accord, indifférence, désaccord.
Trilogie
L'accord étant la situation idéale, qui quasi-utopiquement peut aboutir au nirvana de n'importe quel artisan / artiste / plasticien : la "carte blanche".
L'indifférence reste un champ alimentaire assez productif, s'y rangent tous les projets neutres, que je traite parce que je considère qu'une certaine humilité face à la volonté d'autrui est salutaire tant que cela n'implique pas de compromission ou de perçu contre-productif, et parce qu’un peu de pragmatisme commercial est nécessaire à la survie de toute activité.
Le désaccord n'est pas forcément un stade terminal, il peut aboutir, par le biais d'une communication, d'une écoute ou d'une négociation aux deux stades précédents... ou pas. Parfois il suffit de discuter avec la personne pour s'apercevoir qu'un terrain d'entente est possible, souvent les gens n'ont pas connaissance des possibilités offertes par le tatouage contemporain, ou du fait qu'il existe de nombreux styles, de nombreuses techniques. Souvent, ils ne connaissent pas mon travail (ce qui est tout à fait normal), un peu de pédagogie et ça repart !
Parfois, la demande est tellement en décalage avec ma pratique qu'il devient impossible d'envisager une voie commune : je pourrais faire une longue liste de bidules de très mauvais goût que l'on ma collé sous le nez : de la tête de pittbull en tribal, à la mauvaise copie de diablotin Harvey, Betty Boop, Taz (etc), en passant par plein de gribouillis en barbelés celtiques à plume d'indien, ou bien des contresens anatomiques, des erreurs à retardement...
Et quand on insiste très lourdement sur le principe du "client roi" en me faisant comprendre que mon avis est sans valeur, je peux devenir cassant, très cassant, pour le moins.
Parfois des gens qui connaissent mon travail essayent volontairement le contre-emploi, pour se heurter à un refus, et finir par me coller des épithètes injurieux : rien de très productif...
Alors non...
Non, je ne suis pas une "pute", et non, je n'ai pas pris la grosse tête, Je suis juste un honnête travailleur qui essaye de garder sa pratique à un niveau correct, voir un peu plus, et qui veut continuer à aimer aller bosser chaque matin et se regarder dans la glace sans faillir.
Je ne détiens pas la vérité absolue, je ne dis jamais "non" par plaisir ou légèreté, et l'on m'en a plus d'une fois remercié, ou voulu. Ceux qui ne comprennent pas, et ne comprendront jamais, n'ont strictement rien à faire sous mes aiguilles.
*J'emploie le terme "pute" sans préjugé négatif à l'encontre des péripatéticiennes.
PS : je ne mets pas de photos dans cet article pour éviter les mauvaises interprétations.
01 mai 2011
Les conseilleurs, aimables ennemis...
"Les conseilleurs ne sont pas les payeurs."
Ainsi parle la sagesse populaire, les conseilleurs ne sont pas non plus, ni les tatoueurs, ni les tatoués...
Un tatouage est un acte privé, intime ; c'est une rencontre entre une personne et un artiste/artisan. C'est de ce binôme que doit naitre l'œuvre, aussi simple soit-elle. Sauf quand intervient le conseilleur : ami, parent , conjoint, c'est un parasite de cette relation, une perturbation et parfois un obstacle.
"Tout conseilleur vit au dépend de celui qui l'écoute."
Entendons-nous bien, se renseigner et prendre des avis est une démarche souvent nécessaire, voire indispensable, surtout lorsque l'on aborde le monde du tatouage pour la première fois. Le meilleur conseil restant généralement celui d'un "professionnel de la profession". Bien-sûr l'avis de tel ou tel proche peut permettre de faire mûrir un projet, ou déboucher sur une idée neuve que l'on aurait pas eu soit-même. Mais, in fine, le seul avis ayant une absolue validité est celui de la personne qui va porter le tattoo. Point barre ? Pas si simple...
Conseiller n'est pas jouer
Car parfois s'incruste dans ce processus simple un troisième larron : le conseilleur. Combien de fois ais-je dû faire des efforts titanesque pour garder mon sang froid face à une personne inopportunément prolixe dont visiblement la seule mission en ce bas-monde était de brouiller une session. Genre, au moment ou tout est bouclé, le motif choisi, le rendez-vous posé, le tarif fixé, bref l'affaire dans le sac, et là le judas de service qui sort : "oui mais...tu es vraiment sûre,..." ou "oui mais...moi j'aurais fait,...".
Anatomie du conseilleur
Conseillage sympathique : le conseilleur se contente de semer un léger doute dans l'esprit du futur tatoué, généralement de bonne foi, il cherche juste à s'assurer que ce dernier aura la meilleure prestation possible. Il faut juste rassurer le conseilleur avant le tatoué, on perd un peu de temps mais pour la bonne cause, ce sont souvent des amis ou de la famille proche. Donc pas grave : ça fait partie du jeu.
Conseillage égocentrique : le conseilleur veut que le futur tatoué se fasse tatouer ce que lui aimerait se faire faire, ou ce que lui voudrait voir l'autre porter : généralement le conjoint. Très très chiant, car il ignore totalement la volonté du tatoué, pour le contrecarrer tout dépend de son degré d'emprise sur lui. Il peut même faire capoter un tatouage si l'on ne respecte pas sa volonté (déjà vu !!!). On en arriverait presque a stopper net le projet car le tatoué risque de finir avec un tatouage qu'il n'a pas voulu. N'oublions jamais que "les conjoints passent et les tatouages restent" !
Conseilleur mythomane : le conseilleur qui connait mieux le métier de tatoueur que le professionnel qu'il a en face de lui. Alors, sauf le jour où un client me ramènera Paul Booth ou Stéphane Chaudesaigues, j'ai souvent envie de rabattre le caquet de l'impudent dont l'influence s'étend aussi post-tatouage : une fois, un conseilleur a dit à mon client de cicatriser à la vaseline au lieu de la pommade que je recommande normalement . Moralité, mauvaise cicatrisation, et, lors de la visite de contrôle, mon client qui me sort :
"Oui, euh, mais machin m'a dit que la vaseline c'est top pour cicatriser"
Et bien non. La vaseline est un lubrifiant ! Et machin pourrait en utiliser pour s'enfoncer ses conseils à 2 balles dans le trou du même nom !... Oups, je m'égare ^^.
Conseilleur Avocat du Diable : Avec lui pas de dialogue possible, il s'est levé du mauvais pied ce matin, et tout ce que je dirais sera contredit dans l'instant. Alors à moins de lui sauter dessus et de la bâillonner, il faut subir et attendre que l'orage passe.
Two is company, three is a crowd...
Et jusque là, je n'ai parlé que du cas de figure le plus simple : 2 + 1. Car sur le principe du "plus on est de fou plus on ri", on peut avoir des situations plus complexes et plus anxiogènes. Parfois en face de soi on a 2, voire 3 conseilleurs : là c'est le début de la fin. J'ai déjà vu 2 conseilleurs monopoliser la conversation et empêcher le tatoué de me faire connaitre sa volonté.Au point de trouver un prétexte pour reporter le tatouage de façon à enfin savoir ce que le pauvre tatoué voulait vraiment se faire encrer...
Popup killer
En conclusion, il ne faut jamais perdre de vue que c'est celui qui porte le tatouage qui doit le choisir, lui et personne d'autre. Je serais presque tenté d'imposer le tête à tête lors des entretiens préparatoires, si je n'avais pas conscience que les conseilleurs rôdent dehors, dans l'ombre, prêts à dévoyer leurs pauvres victimes...
28 septembre 2010
Les 12 comandements du tatouage
Librement traduits et adaptés du "Tattoo etiquette" de Kat Von D.
1 - Ne pas arriver à la session sous l'emprise de drogue ou d'alcool : une décision qui engage celui qui la prend ne doit pas se faire sous l'emprise d'une substance psycho-active, les réactions du tatoué sont moins prévisibles.
2 - Arriver à l'heure, ou prévenir en cas de retard... la moindre des politesses.
3 - Ne pas négocier le prix : "un beau tatouage est cher, un tatouage pas cher n'est souvent pas beau" Sailor Jerry.
4 - Ne pas amener d'enfants, ce n'est pas leur place : trop risqué sur le plan hygiène, souvent stressant pour le tatoueur, ne pas confondre studio de tatouage et garderie.
5 - Ne pas demander sa propre musique, votre intérêts c'est que le tatoueur soit concentré pour faire un bon boulot, tout ce qui y contribue va dans ce sens.
6 - Manger avant une session, évitez l'hypoglycémie !
7 - S'habiller en fonction du tatouage à effectuer, que la zone tatouable soit accessible et que le vêtement ne craigne pas les tâches.
8 - Prendre une douche avant la session : besoin d'expliquer ?
9 - Ne pas jouer les conseilleurs en tatouage, ou en amener un : ne pas faire comprendre au tatoueur qu'on en connaît plus sur son métier que lui, et ne pas amener quelqu'un qui se comporte comme tel. Énerver ou vexer le tatoueur est toujours un mauvais choix. Quand au choix du motif il vous est personnel : personne ne le portera à votre place, donc pas de conseilleur.
10 - Ne pas venir nombreux à une session : pas la peine d'amener tous les potes ou la famille au grand complet, ils vont probablement s'ennuyer ou gêner le bon fonctionnement de la session.
11 - Éteindre le téléphone portable : faire sursauter le tatoueur avec une sonnerie impromptue n'est jamais un bon choix !
12 - Ne pas se faire tatouer en étant enceinte : le tatouage induit un stress et une sollicitation du système immunitaire incompatible avec la grossesse.
1 - Ne pas arriver à la session sous l'emprise de drogue ou d'alcool : une décision qui engage celui qui la prend ne doit pas se faire sous l'emprise d'une substance psycho-active, les réactions du tatoué sont moins prévisibles.
2 - Arriver à l'heure, ou prévenir en cas de retard... la moindre des politesses.
3 - Ne pas négocier le prix : "un beau tatouage est cher, un tatouage pas cher n'est souvent pas beau" Sailor Jerry.
4 - Ne pas amener d'enfants, ce n'est pas leur place : trop risqué sur le plan hygiène, souvent stressant pour le tatoueur, ne pas confondre studio de tatouage et garderie.
5 - Ne pas demander sa propre musique, votre intérêts c'est que le tatoueur soit concentré pour faire un bon boulot, tout ce qui y contribue va dans ce sens.
6 - Manger avant une session, évitez l'hypoglycémie !
7 - S'habiller en fonction du tatouage à effectuer, que la zone tatouable soit accessible et que le vêtement ne craigne pas les tâches.
8 - Prendre une douche avant la session : besoin d'expliquer ?
9 - Ne pas jouer les conseilleurs en tatouage, ou en amener un : ne pas faire comprendre au tatoueur qu'on en connaît plus sur son métier que lui, et ne pas amener quelqu'un qui se comporte comme tel. Énerver ou vexer le tatoueur est toujours un mauvais choix. Quand au choix du motif il vous est personnel : personne ne le portera à votre place, donc pas de conseilleur.
10 - Ne pas venir nombreux à une session : pas la peine d'amener tous les potes ou la famille au grand complet, ils vont probablement s'ennuyer ou gêner le bon fonctionnement de la session.
11 - Éteindre le téléphone portable : faire sursauter le tatoueur avec une sonnerie impromptue n'est jamais un bon choix !
12 - Ne pas se faire tatouer en étant enceinte : le tatouage induit un stress et une sollicitation du système immunitaire incompatible avec la grossesse.
02 août 2010
Styles (7) : le lettrage, deuxième partie : la forme.
Maintenant que nous avons survolé le fond du sujet, dans le précédent post, voici venu le temps (des rires et des chants...) d'aborder la partie graphisme du lettrage : la forme.
Lisible ou pas ?
Quelque soit le contenu du message, la première question à se poser est : à qui est-il destiné ? Et par extension, doit il être crypté ou pas ? Il est tout à fait acceptable de se faire tatouer un message adressé à soi même, pour marquer un moment dans sa vie, se faire une promesse, un avertissement... une sorte de pense-bête ad vitam aeternam, dont on serait l'unique récipiendaire. La lisibilité n'est pas le principal atour que doit revêtir ce cas particulier de tatouage, qui pourrait d'ailleurs fort bien sauter le stade de l'écrit pour passer en mode symbolique.
Vient ensuite le cas inverse : le message destiné à la compréhension d'autrui, où précisément la lisibilité devient un impératif.
Mais que fait la police !!!
La police, ou "font" en anglais, est le type "d'écriture" que l'on va utiliser pour réaliser le lettrage. Il existe littéralement des dizaines de milliers de polices disponibles le net, il suffit d'aller faire un tour sur www.dafont.com pour s'en convaincre, il y en a pour tous les goûts, des plus classiques aux plus extravagantes.
Le problème des ces polices est le même que celui des catalogues de motifs de tatouage : sur la masse globale de l'offre, 95% des fontes proposés sont laides ou tout simplement inintéressantes, donc on va retomber toujours sur les 5% qui restent. Par exemple, en police gothique, une majorité de tatouages utilise la "Cloister black" (quelque soit le nom qu'on lui donne, car des petits malins s'amusent à renommer des polices, bouh les méchants!!!)
Il y a aussi les lettrages "faits main", comme les tags / graphs, les lettrages chicanos, les scripts divers et variés ; ces réalisations originales permettent un degré de personnalisation incomparables avec celui des polices informatiques, le caractère unique de chaque tatouage étant quasiment assuré.
Une bonne alternative est la modification d'une police informatique, soit en retouche informatique, soit sur sortie imprimante, ce qui permet de garder la rigueur de la machine tout en obtenant un résultat personnalisé.
Support / Surface
Un paramètre incontournable en matière de tatouage est le support : l'endroit où l'on va placer le tatouage va déterminer ce que l'on peut, ou ne peut pas faire. cette règle s'applique au lettrage tout autant qu'autres tattoos. Qu'il soit entendu que la peau permet beaucoup de choses, mais n'est pas un support aux capacités infinies, et que ce qui sort d'une imprimante ne lui est pas forcément adaptable. on va distinguer quatres axes de travail interdépendants :
Une police complexe sera plus appropriée à du gros lettrage avec peu de caractère, a contrario un texte assez long se satisfera mieux d'une police simple et lisible. Toujours garder la lisibilité à l'esprit... Ensuite il n'est pas interdit d'adapter la ligne de base du lettrage à la zone tatouée : en arc de cercle sur le haut du ventre ou du dos, en vague au niveau du pli inguinal ou des abdos latéraux, tout est permis dans la mesure ou cela apporte un intérêt graphique au texte et une meilleure cohérence avec le corps..
Quelque soit le contenu du message, la première question à se poser est : à qui est-il destiné ? Et par extension, doit il être crypté ou pas ? Il est tout à fait acceptable de se faire tatouer un message adressé à soi même, pour marquer un moment dans sa vie, se faire une promesse, un avertissement... une sorte de pense-bête ad vitam aeternam, dont on serait l'unique récipiendaire. La lisibilité n'est pas le principal atour que doit revêtir ce cas particulier de tatouage, qui pourrait d'ailleurs fort bien sauter le stade de l'écrit pour passer en mode symbolique.
Vient ensuite le cas inverse : le message destiné à la compréhension d'autrui, où précisément la lisibilité devient un impératif.
Mais que fait la police !!!
La police, ou "font" en anglais, est le type "d'écriture" que l'on va utiliser pour réaliser le lettrage. Il existe littéralement des dizaines de milliers de polices disponibles le net, il suffit d'aller faire un tour sur www.dafont.com pour s'en convaincre, il y en a pour tous les goûts, des plus classiques aux plus extravagantes.
Le problème des ces polices est le même que celui des catalogues de motifs de tatouage : sur la masse globale de l'offre, 95% des fontes proposés sont laides ou tout simplement inintéressantes, donc on va retomber toujours sur les 5% qui restent. Par exemple, en police gothique, une majorité de tatouages utilise la "Cloister black" (quelque soit le nom qu'on lui donne, car des petits malins s'amusent à renommer des polices, bouh les méchants!!!)
Il y a aussi les lettrages "faits main", comme les tags / graphs, les lettrages chicanos, les scripts divers et variés ; ces réalisations originales permettent un degré de personnalisation incomparables avec celui des polices informatiques, le caractère unique de chaque tatouage étant quasiment assuré.
Une bonne alternative est la modification d'une police informatique, soit en retouche informatique, soit sur sortie imprimante, ce qui permet de garder la rigueur de la machine tout en obtenant un résultat personnalisé.
Support / Surface
Un paramètre incontournable en matière de tatouage est le support : l'endroit où l'on va placer le tatouage va déterminer ce que l'on peut, ou ne peut pas faire. cette règle s'applique au lettrage tout autant qu'autres tattoos. Qu'il soit entendu que la peau permet beaucoup de choses, mais n'est pas un support aux capacités infinies, et que ce qui sort d'une imprimante ne lui est pas forcément adaptable. on va distinguer quatres axes de travail interdépendants :
- la police
- la taille
- le nombre de caractères
- l'endroit
Une police complexe sera plus appropriée à du gros lettrage avec peu de caractère, a contrario un texte assez long se satisfera mieux d'une police simple et lisible. Toujours garder la lisibilité à l'esprit... Ensuite il n'est pas interdit d'adapter la ligne de base du lettrage à la zone tatouée : en arc de cercle sur le haut du ventre ou du dos, en vague au niveau du pli inguinal ou des abdos latéraux, tout est permis dans la mesure ou cela apporte un intérêt graphique au texte et une meilleure cohérence avec le corps..
27 juillet 2010
Styles (6) : Le Lettrage, première partie, le fond.
Une longue et glorieuse histoire...
Dans la série "les grands classiques du tattoo", le lettrage tient une place de choix, et ce depuis probablement plus longtemps que la plupart des autres types d'encrages. Après tout si l'on considère le tatouage - à l'instar de toutes les autres formes d'art - comme un vecteur de communication, d'expression, l'écrit peut apparaitre comme le moyen le plus efficace et le plus précis de faire passer un message donné.
Le fond : qu'est-ce qu'on écrit ?
Comme le sujet est un peu vaste, je vais le traiter en deux parties, le fond et la forme. D'abord le fond.
La base : les noms...
La première catégorie de lettrage, c'est le nom : celui du porteur, de sa famille, de sa ville, de son pays... Identifier le porteur par la dénomination d'un élément de son environnement personnel permet de donner au tatouage une dimension identitaire forte et l'assurance d'une pérennité de la pertinence : en théorie, sauf cas exceptionnel, on ne change pas de nom de famille ou de lieu de naissance, les parents restent les parents, et les enfants restent les enfants.
Je t'aime, un peu, beaucoup... plus du tout !
Notable entorse à cette règle idyllique : le conjoint... Les temps sont durs pour les liens de mariage et de concubinage, et se faire tatouer le nom de l'être aimé est dans 99% des cas une erreur fatale, j'ai déjà recouvert ce type de "preuve d'amour" quelques semaines seulement après le tatouage originel.... à proscrire, donc, même en rusant avec des alphabets exotiques ( chinois, hébreux...), car si l'écrit reste indéchiffrable pour le commun des mortels français, le tatoué sait ce qu'il a sur la peau, ce qui est parfois lourd à porter.
Les devises sont un autre grand classique, permettant avec un minimum de mots d'obtenir un message clair. Souvent liées à un contexte géographique ou professionnel, leur caractère laconique fait leur force, leur exaltation morale fait leur valeur.
Quelques morceaux de choix :
- Semper fidelis / Semper Fi - Latin - fidèle pour toujours ( US Marines ).
- Sauver ou périr ( Pompiers ).
- Memento mori - Latin - souviens toi que tu vas mourir.
- No pain, no gain - Anglais - Pas de gain sans souffrance.
- Sempre endavant - Catalan -Toujours en avant (Usap - club de rugby).
Ensuite, essayer de porter une devise correspondant vraiment à ses propres valeurs morales.
Enfin, il ne faut pas perdre de vue que certaines devises recouvrent des réalités historiques pour le moins polémiques, genre "Meine Ehre heißt Treue" - Allemand - Mon honneur s'appelle fidélité - devise de la SS, celle-ci étant évidente d'autres le sont moins... mieux vaut vérifier.
Et le reste : poèmes, paroles de chansons, titres de films, etc... Tout texte est valide, tant qu'il se réfère à un élément personnel authentique. Autrement dit si quelque chanteur grand-breton se fait tatouer "Chacun à son goût" et bien, point n'est besoin de faire de même... Comme pour tout tatouage, une bonne réflexion en amont évite une grosse déception en aval.
De Charybde en Scylla : quelques écueils à éviter.
- Vérifier et revérifier l'orthographe : se balader avec un 0/20 en dictée toute sa vie, bof.
- De même pour les langues étrangère, attention aux traductions véreuses.
- Éviter les "blagues" et effets humoristiques... qui ne font plus rire 1 mois plus tard.
- Attention à tout ce qui relève du politique ou du religieux, parfois lourd à assumer.
- Éviter les textes trop longs souvent incompatibles avec certaines zones du corps.
à suivre : Le lettrage, deuxième partie : la forme.
01 juin 2010
Styles (5) : Le crayonné... croquis... "à la Tim Burton"...
Dénomination
Alors voilà donc un style qui ne dispose pas encore vraiment d'étiquette officielle même si un grand nombre de praticiens l'abordent plus ou moins directement...
Problème de taxinomie tout au plus, la demande étant de plus en plus répandue, on finit toujours par savoir de quoi on parle, à partir du moment où l'on commence à spécifier "un peu façon croquis" ou "à la Tim Burton" ou encore "avec des traits un peu cassés, qui sortent du dessin".
Graphiquement, ce style permet au tatouage de s'affranchir des codes convenus de la mimesis et de l'acharnement technique pour aboutir à une forme d'expression plus libre et plus spontanée. Apparu à la fin des années 90 / début des années 2000, s'appuyant sur une longue tradition graphique et plastique qui remonte aux peintures rupestres en passant par Bernard Buffet, George Mathieu ou les symbolistes, ce type de tatouage avant-gardiste fut longtemps, au niveau national, la chasse gardée d'un petit nombre de tatoueurs, Tribal Act à Paris ou Belly Button dans notre bonne vieille cité de Perpignan.
VulgarisationAujourd'hui, il suffit de lire la presse magazine nationale pour s'apercevoir que de nombreux professionnels leur ont emboité le pas, soit de façon sporadique (comme moi ^^), soit en se spécialisant eux aussi.
Toulouse, Lyon, Paris, la plupart des grandes agglomérations ont leur pro du "croquis", tant et si bien, que l'originalité du concept a tendance à s'éroder pour devenir un style parmis tant d'autres. Il faut dire aussi que l'apparente facilité de dessin a parfois attiré sur ce territoire graphique des gens peu portés -ou doués- sur la technique, revers connu par l'art comtemporain en son temps.
Conclusion
Le style "croquis", quand il est correctement pratiqué, reste une bonne alternative aux grands courants du tatouage, Oldschool / Newschool, et permet même la réinterprétation de classiques sauce "Burton" : tribal, poly, hirondelle, lettrages... tout y passe !
30 janvier 2010
Noir noir... ou noir pas noir ?
Dans la série "les questions les plus posées" voici un chef-d'œuvre du genre :
Vous utilisez du noir... noir ?
Bien, bien, bien : voilà qui requiert une petite explication. L'encre noire que la plupart des tatoueurs professionnels utilisent est vendue comme étant noire. Jusque là, rien de surprenant. Il faut savoir que le noir absolu, 100% black, ne se rencontre pas souvent ni dans la nature ni dans dans la chimie, on trouve des noirs à 95% et des brouettes et tous orientés dans une direction du cercle chromatique; autrement dit, noir bleuté, verdâtre, marron...
Le cercle chromatique, cauchemar des étudiants en 1ére année Beaux arts :
essayez de le refaire à la gouache, pour voir...
Ceci étant posé, après avoir parlé "peinture", nous allons aborder la "toile", autrement dit la peau (mais vous aviez déjà compris, mes lecteurs sont généralement super intelligents ^^).
La toile !
Le tatouage par effraction cutanée, terminologie légale, implique l'introduction de pigments dans la peau en n'en franchissant que les épaisseurs caduques, pour les déposer sur la surface pérenne. Autrement dit le pigment se retrouve pris entre 2 épaisseurs de tissus, puisque lors de la cicatrisation, la peau se reforme par dessus lui.
La couleur perçue est donc liée à 2 facteurs supplémentaires : la couleur de fond de la peau et le filtrage lié à l'épaisseur de peau le séparant de l'extérieur. La surface de pigment n'étant pas, stricto-sensu, opaque, la couleur perçue est une addition de celle-ci et de la pigmentation naturelle du derme. Ensuite cet ensemble est filtré et atténué par les couches de peau externes donnant la couleur résultante finalement perçue. Ce qui explique aussi que les couleurs d'un tatouage soient plus vives après une douche, par exemple.
Si on ajoute à cela le contraste entre la peau à la périphérie du tatouage et ce dernier, on obtient encore une variable de perception : un noir semblera "plus" noir sur une peau blanche que sur une peau mate ou foncée.
Dernier facteur de perception : le type d'éclairage. La plupart de lumières sont colorées ; bleuté/vert pour les néons, jaune/orangé pour les lampes à incandescence...
Tout cela explique pourquoi, à technique, encre et motif équivalent, un noir sera perçu différemment sur deux personnes différentes. Je parle ici du noir, mais cela vaut pour toutes les couleurs utilisées en tatouage.
Avec le temps...
Reste ensuite à aborder les évolutions contextuelles et idiosyncratiques (j'aime les mots compliqués...). La peau est un matériau vivant - enfin dans la plupart des cas -, ce qui signifie qu'elle va évoluer en fonction du vieillissement et de facteurs externes comme l'exposition au soleil. Nous devrions protéger notre peau à chaque exposition au soleil, tatouage ou pas; mais avec un tatouage c'est encore plus nécessaire : les UV sont un facteur de décoloration du pigment, donc, une personne qui passe sa vie à l'ombre, genre moi, va conserver de fraiches couleurs toute sa vie, alors qu'un estivant forcené de la bronzette va voir ses tatouages s'atténuer en fonction de la durée et de l'intensité de ses expositions à l'astre de jour. En schématisant, on pourrait comparer cela à un traitement au laser en beaucoup plus lent.
Et on se demande encore pourquoi je HAIS la plage...
Inscription à :
Messages (Atom)











