28 novembre 2018

Parcours.


Destin/Dessin
J'ai toujours dessiné : aussi loin que remontent mes souvenirs ma main tient un stylo, un crayon, un pastel, un marqueur... J'ai traversé toute ma scolarité en dessinant au lieu de prendre des notes, mes cahiers de cours étaient des cahiers de dessin. Je ne suis pas un mauvais élève,  j'ai presque toujours de bonnes notes, mais mon esprit est ailleurs.
De l’école primaire au lycée, je fais le minimum nécessaire pour être suffisamment bon élève pour que l'on me laisse dessiner tranquille dans mon coin. La fac de droit met un terme dramatique à cette logique de douce marginalité plastique, mais me permet, par échec, de franchir une étape importante : accéder à enseignement qui m'est destiné : les Beaux-Arts.
Les Beaux-Arts, ne sont pas ce que j'espérais ou fantasmais : trop engoncés dans des querelles de mouvements, cherchant à formater plus qu'à former, ils me mettent cependant en tête une bien dangereuse utopie : on peut vivre de son art.

Rêve/Réel
Au sortir des beaux-arts, le rêve rencontre le réel : le réel l'anéanti.
Il faut vivre, et pour vivre, payer tout ce que vivre coûte. 
Là commence l'expérience schizophrène qui consiste à endosser des costumes professionnels inadaptés pour subsister, survivre : dessinateur dedans, vendeur de télévisions dehors.
J'ai mis du temps à trouver un moyen de transformer cet impératif vital en moyen de subsistance. Je m’ennuie à mourir dans des boulots sans intérêt avant de finalement devenir graphiste.
Le rêve repointe le bout de son nez.
Un graphiste, c'est un dessinateur qui exécute les dessins de ceux qui ne savent pas dessiner. Alors c'est bien : tu dessines enfin, mais les idées des autres. Parfois elles sont intéressantes, souvent elles ne le sont pas.
Surtout quand ceux qui ne savent pas dessiner pensent pouvoir t'expliquer comment dessiner, ou veulent que tu dessines comme un autre, que tu n'es pas. Et surtout quand tu travailles en agence, où tes supérieurs essaient systématiquement de neutraliser ton trait, pour le vendre. Logique.
Pourtant, j'ai 30 ans et je suis fier d'être reconnu comme "graphiste", enfin au début.
Et tu comprends que le rêve si proche est devenu une sorte de cauchemar, un supplice de Tantale, le but est d'autant plus inaccessible que tu pourrais le frôler du bout des doigts.

Papier/Peau
Certains crises économiques ont des effets secondaires bénéfiques : celle qui détruit une grande partie des agences de communication au début des années 2000 m'exfiltre du petit enfer graphique dans lequel je m'e suis enfermé en fermant celle où je travaille.
Le chômage aurait pu broyer mon rêve, comme il le fait si souvent, mais il me donne le temps et les opportunités de continuer à rêver.
La rencontre avec un tatoueur va me faire franchir une étape supplémentaire. Je n'ai jamais envisagé de devenir tatoueur, pourtant il regarde mes dessins et me dit :
"pourquoi tu ne deviendrais pas tatoueur ?"
Le tatouage, je ne connais pas, j'ai quelques préjugés, les plus communs.
Le début des années 2000 est un moment particulier dans l'histoire du tatouage en France voire dans le monde. Même s'il existe quelques précurseurs de la mutation à venir, le tatouage est encore assimilé à une sous-culture triviale, ce qu'il est encore bien souvent.

Un grand nombre de gens comme moi, diplômés, issus de l'industrie graphique et des Beaux-Arts, s'emparent alors de dermographes : les champs sémantiques mutent, s'amplifient, explosent.
Cela ne se fait pas du jours au lendemain, pendant quelques années, je tatoue des "flashes", ces dessins que l'on trouve encore parfois dans de grands classeurs posés à l'entrée des studios.
Cela me rappelle mon époque graphisme en agence, donc très rapidement je m'affranchis de ce joug en allant jeter ces gros classeurs élimés dans la benne à ordures au bout de ma rue.
J'ai juste déplacé le problème.
On me demande du New School, du Old School, le dernier tattoo à la mode, j'ai intériorisé le flash, je suis toujours en décalage avec le dessinateur en moi.
Pourtant, j'ai 40 ans et je suis fier d'être reconnu comme "tatoueur", enfin au début. 
Peu à peu, je ne demande plus "quel style?" quand on me commande un tattoo, je fais MON truc. Dessiner pour le tatouage a développé et fait évoluer mon style, ma pratique.


Peau/Papier
Dix années passent.
Le milieu du tatouage est devenu immense, le nombre de professionnel a décuplé. Le nombre de clients n'a pas suivi la même progression. Un marché devenu stable niveau demande accueille un nombre toujours plus important de praticiens niveau offre. Peu importe leurs niveaux de compétence respectifs, tous ces tatoueurs divisent le marché, réduisant les parts de chacun.
Ma santé me joue quelques tours, je dois moins travailler.
Cela me laisse plus de temps pour dessiner.

Je trouve une voie, une pratique plastique que je développe. Le tatouage a contribué techniquement à la naissance de ce travail, mais n'en est ni la source ni l'aboutissement.
Pourtant où que je le présente, on lui colle l'étiquette "tatouage". 
Même lorsque je collabore sur un projet architectural, à mille lieux de toutes autres considérations que le dessin, les articles relatant l'inauguration du lieu parlent de la participation d'un tatoueur au projet. Quelque soit le projet ou l'exposition auquel je participe, je suis devenu le tatoueur de service.

Je demande à mes amis de ne pas se référer à moi en tant que tatoueur en public, j'en viens à haïr "Steve le tatoueur". Non que j'en ai honte, je continue à pratiquer le tatouage et cela me fait vivre, je tatoue même certains de mes dessins, ce qui me fais énormément plaisir.
Mais que je trouve au final ce terme extrêmement réducteur.
Je suis un tatoueur quand je tatoue, le reste du temps je suis un dessinateur.
Remarque, même quand je tatoue je suis un dessinateur.

Voilà, voilà... devenir ce que l'on est, long chemin, courte vie.

14 juillet 2018

Avec le temps...

"Plus un tatoueur est bon, plus il y a d'attente pour se faire tatouer par lui."

Certains préjugés sur les tatoueurs ont la peau dure. Celui-là en particulier n'a jamais été autre chose qu'une légende, l'est d'autant plus maintenant que le marché est souvent en flux tendu : cet a priori  biaisé refait surface régulièrement dans les media ou sur les réseaux sociaux.

Disons-le tout de suite, il y a des très bons tatoueurs qui ont de longs délai avant d'obtenir un rendez-vous, c'est vrai.

Mais il y a aussi de mauvais tatoueurs qui ont le même genre de délais, car, oui, paradoxalement certains mauvais, voire très mauvais tatoueurs, "tournent" mieux que d'autres de bien meilleure qualité (autre débat).

Pourquoi ?
Parce que le délai avant de pouvoir obtenir un rendez-vous n'est pas intrinsèquement lié à la qualité du travail effectué, cela n'a même souvent aucun rapport : c'est une question de gestion de planning et de vitesse d'exécution.

Ce délai peut-être lié à de nombreux facteurs :
  • La vitesse d'exécution, selon qu'un tatoueur travaille vite où lentement, il peut gérer plus ou moins de rendez-vous.
  • L'amplitude horaire journalière : certains tatoueurs travaillent par petites sessions, j'en ai vu un qui ne tatouaient que 2 heures maximum par jour.
  • Le nombre de rendez-vous journaliers : certains tatoueurs ne font parfois qu'une seule pièce par jour travaillé.
  • Le nombre de jours travaillés dans la semaine : 2,3,4,5,6 ? 
  • La présence en boutique : certains tatoueurs font des guests (aller tatouer dans une autre boutique) ou des conventions et donnent des rdv sur leurs périodes de présence ce qui peut sérieusement allonger les délais.
  • La capacité à respecter un planning : certains tatoueurs sont assez nonchalants avec le respect des horaires et n'hésitent pas à reporter à l'envie certains rendez-vous : j'ai déjà vu un tatoueur reporter 6 fois le rdv d'un client, sans motif réel et sérieux. 
  • Le type de travail effectué : un tatouer pratiquant un style très particulier est susceptible d'attirer une clientèle plus "pointue" mais moins nombreuse, là où un tatoueur généraliste, acceptant tous types des travaux, aura accès à une plus grosse partie du marché, donc plus de rdv potentiels.
  • La gestion du planning : certains tatoueurs donnent volontairement des rendez-vous à moyen terme, pour donner l'impression d'avoir de l'attente (effet pervers de la légende).
  • Le lieu d’exécution : une boutique est tributaire de sa zone de chalandise, un même tatoueur ne remplira pas son planning de la même façon dans un village de 1500 habitants que dans une ville d'un million d'âmes.
  • Le nombre de concurrents sur une zone de chalandise donnée : pour l'avoir vécu, un planning ne se remplit pas de la même façon avec 10 ou avec 100 concurrents directs.

Tous ces facteurs sont indépendants de la qualité du travail effectué, pourtant chacun peut moduler le temps d'attente pour obtenir un rendez-vous.

On peut comprendre qu'un tatoueur qui travaille vite et qui est présent 5 jours par semaine, 7 heures par jours en boutique, sans aller faire de guests ou de conventions, pourra traiter plus de projets qu'un autre qui travaille lentement, 2 heures par jours et 3 jours par semaine et qui irait faire des guests et des conventions plusieurs fois par an : donc à volume égal de travail, le premier pourra traiter 20 tatouages en une semaine, là où le second mettra un ou deux mois pour les gérer.

Et tout cela, toujours, sans parler une seule seconde de la qualité du travail.

La seule condition déterminante pour juger de la qualité d'un tatoueur, c'est la qualité de son travail, point barre.



06 juin 2014

Faux et usage de faux

 

Anecdote :

    Une petite demoiselle, à peine l'age requis pour se faire tatouer, débarque dans mon studio accompagnée de sa mère et me tend 3 photos de Rihanna en me disant : je veux me faire tatouer celui-ci, celui-là et celui-là.
Interloqué je lui dis : «  Non, je ne fais pas de copie ! »
Elle me répond : « Pourquoi ? »
Et de là va s'engager un dialogue surréaliste, où je vais essayer d'expliquer les bases de la morale (C'est pas bien de voler !) à une ado en plein caprice, appuyée par sa mère sur le ton du « tatouez-la, elle me foutra la paix ! ». Je voyais arriver le moment où la gamine se jetterait au sol pour taper des poings et des pieds en retenant sa respiration jusqu'à ce que j'abdique.
Aucun argument ne trouve grâce à leurs yeux : 
  • ni le respect de la célèbre chanteuse, 
  • ni l'ahurissant manque de personnalité que ce genre de demande implique, 
  • ni l'aspect immoral de la question,
  • ni l'évidente immaturité de la gamine, qui était de toute façon intellectuellement inapte à se faire tatouer. 
L'entretien se conclut sur un échec, mère et fille quittent mon atelier sans avoir eu gain de cause.

Épilogue :

    Quelques temps plus tard, je croise une amie de longue date, professeure dans un lycée du coin, elle m'aborde et me dit :
«  Je suis la prof de -*****-,c'est cool ce que tu as fait, j'ai appris que tu as refusé de la tatouer, franchement c'était la bonne chose à faire. Par contre je dois te dire, elle a fait le tour des tatoueurs de la ville jusqu'à en trouver un qui accepte. »
La déontologie n'est pas une valeur universelle, me semble-t'il.
Donc on a maintenant un pauvre gosse écervelée qui se ballade avec les tatouages volés à son idole de teenager, dont, si cela se trouve, elle détestera l’œuvre d'ici un an, quand elle se découvrira une passion pour le metal swahili, la guinguette croate ou le rap mongol, en fonction de la façon dont sa tête de girouette prendra le sens du vent. Sauf que ses tatouages-caprices rihannesques la suivront à vie...

Débriefing :

    Que l'on me montre des photos de tatouages existants comme indication, source d’inspiration ou exemple d'un projet à venir, est une démarche positive qui permet de définir avec plus de précision ce que l'on cherche, ce que l'on désire obtenir.

Par contre amener une photo en exigeant l'obtention de la copie exacte du tatouage qui y figure est une démarche faussée, négative : il y a un mot pour cela :

c'est une contrefaçon.

    La plupart des tatoueurs, généralement à leurs débuts, moi y compris, ont fait ce genre de copies. On a tous démarré quelque part, surtout il y a une dizaine d'années, et avant, quand tous n'osaient pas proposer leur style, leur patte, s'ils en avaient. Parfois, en début de carrière on n'ose pas dire « non », parce qu'on est en train de se constituer une clientèle, ou parce qu'on est en France, et qu'on se fait massacrer par les charges dès le départ.
J'ai tendance à penser, avec le recul, que la qualité du travail d'un tatoueur tient parfois autant aux projets qu'il accepte qu'à ceux qu'il refuse.
Toujours est-il que le résultat de cette pratique a été qu'un petit nombre de motifs s'est retrouvé tatoué sur un grand nombre de personnes. Les "flashs", les livres de motifs, ont aussi participé de ce phénomène. Maintenant les modes et les « peoples » ont pris le relais.

Seulement, dès que l'on se penche un peu sur la question, on comprend assez rapidement à quel point cela est néfaste.

    Tout d'abord l'essence du tatouage est son originalité, son caractère unique. Un tatouage est créé et réalisé pour une personne à partir de ce qu'elle veut y mettre, son vécu, son imaginaire, sa culture. Tout cela est mis en forme par le tatoueur, qui va le synthétiser en un ou plusieurs motifs. Par définition ce type de tatouage n'est pas copiable sans le vider de toute signification, de toute cohérence.
Et même dans le cas de tatouages purement esthétiques, ils ont étés pensés en fonction de l'anatomie du tatoué et de ses critères esthétiques, enrichis de la « patte » du tatoueur, donc non-reportables sur un autre corps.

L'idée même de voler un motif à quelqu'un est inadmissible. Je me demande souvent pourquoi il y a encore besoin d'expliquer pourquoi c'est MAL, je me demande même comment on peut formuler ce genre de requête.

Une fois qu'un tatouage a été réalisé, il co-appartient à celui qui l'a créé/réalisé ainsi qu'à celui qui le porte. Faire réaliser une copie lèse ces deux personnes. D'une part le talent et le travail de celui qui a créé l'original ne sont ni rémunérés ni récompensés, d'autre part celui qui porte l'original voit son identité violée par le contrefacteur, et galvaudée par le porteur de la contrefaçon.
Je n'ose imaginer la rage et le dégoût que m'inspirerait le fait de croiser quelqu’un portant une copie de l'un de mes tatouages.

    Il y existe cependant quelques exceptions : quand le porteur de l'original est d'accord, parce que c'est un tattoo de famille ou un trip entre amis : dans ce cas il vaut mieux le faire réaliser quand c'est possible par le tatoueur du premier motif. Ou alors le tatouage d'un cher disparu, une sorte de mémorial, c'est acceptable.

La question de la propriété intellectuelle est assez complexe lorsque l'on en parle dans le cadre du tatouage, surtout dans la société du piratage banalisé, mais la base de la base c'est :

ON NE COPIE PAS UN TATOUAGE EXISTANT.


01 février 2014

Plaidoyer pour un diplôme de Tatoueur

Ars longa, vita brevis.

Après l'affaire des couleurs, un nouveau séisme secoue le microcosme du tatouage français: faut-il ou non un créer un diplôme professionnel de tatoueur ? Si oui, un CAP suffit-il ?

Lorsque j'ai adhéré au Syndicat National des Artistes Tatoueurs ( #SNAT ) il y a quelques années, c'est surtout parce que j'apprécie la démarche que ce syndicat à toujours soutenu, celle d'une professionnalisation du monde du tatouage. Enfin quand je dis « toujours », c'était avant qu'un syndicat plus récent, « Tatouage et partage », propose la création d'un Certificat d'Aptitude Professionnel (CAP) Tatoueur.

Je considère qu'un métier devient une profession sérieuse lorsqu'un seuil de compétence minimal est mis en place pour filtrer l'accès à son exercice. Ceux qui connaissent le milieu du tatouage savent que l'on y trouve tout et n'importe quoi : des BAC+5 Beaux Arts aux illettrés les plus crasses.


Une démarche de professionnalisation aboutit logiquement et nécessairement à un diplôme.

Première levée de boucliers de certains membres du SNAT : scandale et vociférations : « le tatoueur est un artiste », et un artiste n'a pas besoin de diplôme.
Absurde !
J'ai même vu passer un argument selon lequel Michel Ange n'aurait pas eu besoin de diplôme pour exercer : mélange de contre-sens historique absolu et mythologie romantique. Si la personne qui a avancé cette ânerie avait suivi des cours d'histoire de l'Art, elle aurait su qu'à la Renaissance, l'enseignement artistique dispensé par les ateliers était très long et très rigoureux, ce qui ferait probablement de Michel-Ange, Botticelli ou De Vinci les équivalents de doctorants en histoire de l'art et en Arts plastiques actuels.


Tout cela pose la question de ce qu'est un Tatoueur.
Tatouer implique la maîtrise de paramètres nombreux et variés : plastiques, techniques et para-médicaux. Tatouer ne se limite pas à une pratique « artistique », la signification de « Art » ou de « Artiste » relevant plus souvent de l'acception romantique, période fin XIXème, un esprit et une pratique libre, autodidacte, que de sa véritable origine :

« Ensemble des procédés, des connaissances et des règles intéressant l'exercice d'une activité ou d'une action quelconque » (Larousse.fr)

Ce qui fait de l'Artiste une personne ayant la maîtrise des ces procédés, connaissances et règles : et comment vérifie-t'on ou valide-t'on cette maîtrise et son acquisition, à part par le biais d'un diplôme ?
Aujourd'hui, un client qui rentre dans un studio de tatouage n'a absolument aucun moyen de savoir de quel niveau de qualification dispose l'intervenant qui va le tatouer. La seule "qualification" requise est le stage de 3 jours « hygiène et salubrité » : autrement dit, en forçant le trait, savoir se laver les mains ; c'est un peu juste comme garantie pour confier la réalisation d'un acte corporel définitif.

Mais alors pourquoi juste un CAP ?
Tenons-nous notre métier en si piètre estime, que nous voulions le faire reposer sur l'échelon le plus bas des qualifications professionnelles ? En France, selon la loi, pour ouvrir un salon de coiffure, il faut être détenteur d'un BP qui se situe au dessus du CAP donc en tout 3 années de formation.
Tout cela pour pratiquer des actes éphémères avec une responsabilité relativement limitée quant au client, et certains voudraient me faire croire que nulle compétence ne serait nécessaire ou requise pour pratiquer des actes définitifs avec l'énorme responsabilité que cela implique.

Mettre en place une filière de formation de sera ni simple ni rapide, cependant cela sera le seul moyen de faire sortir cette profession du flou et de l'obscurité où elle végète.

Combien de fautes d'orthographe sur des tatouages va-t-il encore falloir pour que l'on comprenne qu'un minimum de bagage académique est indispensable à l'accession au statut de tatoueur ?
Combien de studios de tatouages vont apparaître, durer 6 mois et faire faillite, avant que l'on comprenne que certaines choses ne s’apprennent pas sur le tas comme la gestion et la comptabilité ? 

Et je ne vais pas me lancer sur le terrain esthétique, où un minimum de culture, d'éthique et de technique nous épargnerait l'horrible vision de certaines horreurs...

12 juillet 2013

Les tatouages "hors la loi"

Tatouages interdits
     J'ai déjà abordé dans un article précédent mon approche subjective de ce que j'accepte de tatouer ou non, mais existe-t-il dans la législation française des dispositions explicites interdisant tel ou tel tatouage ?  

Dura lex sed lex :
Que dit la loi française ?
  • La loi du 29 Juillet 1881 punit : la provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale ; provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence nationale, raciale ou religieuse ; apologie de crime contre l'humanité ; injure publique raciale nationale ou religieuse ; diffamation publique raciale, nationale ou religieuse, apologie d'activités criminelles ou délictueuses.
  • L'article du Code pénal R. 625-717 punit la provocation non publique à la discrimination, à la haine ou à la violence nationale, raciale ou religieuse.
  • L'article du Code pénal R. 645-118 punit l'apologie de crime contre l'humanité ; l'injure publique raciale nationale ou religieuse, le port ou exhibition d'uniformes, insignes ou emblèmes rappelant ceux des responsables de crimes contre l'humanité.
  • La loi L.630 du 31 décembre 1970 punit l'apologie de l'usage de stupéfiants . 
Je suppose qu'un spécialiste du droit pourrait trouver d'autres textes.


Dans les faits.    
    Donc dans l'absolu, il faudrait prendre la liste des procès du Tribunal Pénal International de La Haye avant de tatouer un motif à connotation politique, et censurer tout ce qui tombe sous le coup de la loi : rude tâche. Car par delà les évidences, genre la méchante svastika, certains symboles sont plus vicieux, car toutes les idéologies majeures ont connu leurs dérapages sanglants, parmi lesquels beaucoup de crimes contre l'humanité, donc si le tatoueur veut éviter d'être complice d'une provocation légalement répréhensible, il doit faire preuve de discernement.

    A noter de surcroit que la loi française interdit explicitement les tatouages faisant l'apologie de l'usage de stupéfiants : donc adieu la petite feuille de cannabis, qui de toute façon dans la majorité des cas sera recouverte dans les 5 ans. 
    Au vu de la judiciarisation croissante de la société française, il est fort probable qu'un jour un tatoueur se retrouve devant un juge pour avoir réalisé ce genre de motif, surtout sur personne mineure.


Styles (8) : Le solid black (ou full black)




credit : bodymob blog.org via tumblr
L’œuvre au noir.
Alors voici une énigme, en tout cas pour moi : comment une technique utilisée pour camoufler à l'arrache les bousilles des anciens punks/skins est-elle devenue l'une de ces modes -absurdes- qui régulièrement traversent le petit monde du tattoo ?

Je veux bien respecter les gouts et les couleurs de chacun, mais pour moi qui suis en général allergique aux grosses tâches noires (genre tribal années 80/90), j'ai vraiment beaucoup de mal avec cette manie fashion qui consiste en ce moment à se faire encrer des aplats de noir, parfois sur un membre entier, et souvent pour ne rien recouvrir, ce qui était la fonction originelle de cette -non-technique.

Parlons-en d'ailleurs du trip flemmard : "on ne se prend pas la tête, on passe tout au black".


Travail au Black...
Le niveau technique général des professionnels du tattoo a tellement décollé ces 10 dernières années, qu'il existe une infinité de possibilités pour se débarrasser d'une encre indésirable.
Pendant ce temps le Solid black a pris le relais du tribal dans le rôle de solution de facilité. Mais là où le gros tribal noir a connu un plongeon abyssal dans les enfers de la ringardise, le Solid black bénéficie, en tout cas pour l'instant, d'une image hype : quelque chose m'échappe.

Daniel Darc - crédit : Thesupermat via humanite.fr
Il existe des tatouages ethniques impliquant de grands aplats de noir, c'est même parmi l'une des formes d'expression dermographique premières, justifiée par une esthétique et une sémantique propre à son contexte.
Chez les vieux punks/skins, cela se comprend par une forme de nihilisme, sur le fait aussi qu'à 50 balais parfois, genre Daniel Darc (RIP), on préfère se balader avec une tâche noire plutôt qu'avec un "A" cerclé, un parabellum ou une svastika.


Noir c'est noir.
Mais en dehors de ces contextes, quelle intérêt peut-il y avoir à écraser sous une indélébile chape d'encre noire d'innocents centimètres carrés de peau vierge ? Parce qu'il faut quand même le dire : c'est souvent le niveau zéro du tattoo : zéro créativité, zéro technique et probablement zéro signification : dans ce cas là ne vaudrait-il mieux pas faire zéro tatouage ?

Parce que les fashionistas du tattoo, qui se sont fait tatouer les trucs et bidules hypes du moment (genre le signe infini avec un prénom/mot dedans), quand ils vont passer nous voir pour un recouvrement dans quelques années (mois?), on va pouvoir les gérer sans trop de problème. 

credit : bodybuildingdungeon.com
Par contre le gars qui va se pointer avec un bras solid black, on ne va pas beaucoup rigoler et lui encore moins !