26 septembre 2006

Une de plus...

Dites le avec des fleurs !

Dans la série "les excuses bidons pour justifier un tattoo raté", il m'est revenu à l'esprit une petite anecdote fort sympathique, que je m'en vais séant vous narrer :
Ce monsieur vient nous voir, à l'époque on travaillait en binôme, pour que nous retouchions un tatouage visiblement massacré que le pauvre arborait à l'épaule. Le verdict était sans appel : dessin minable et mal tracé , remplissage salopé, bref un bidule qui ressemblait autant à un tattoo, qu'une tache de boue à un Botticelli.
Et quand mon collègue eut la bonne idée de demander comment ce chef d'oeuvre avait pu voir le jour, la réponse nous laissa pour le moins perplexes :

"Le tatoueur a dit que ce n'était pas de sa faute, il m'a dit que le tatouage était laid parce que sa machine était mal réglée."

(rires du public)

J'en ai déjà, dans ma courte existence, entendu pas mal des excuses à 2 balles, mais là Bingo!!! On a un gagnant, un vrai. Le foutage de gueule élévé au rang de discipline olympique !

On pourrait considérer que ces foutues machines ont une facheuse tendance à se dérégler, à cause des vibrations, des manipulations, des fluctuations du champ magnétique terrestre, que sais-je... Et qu'elles sont fichtrement difficiles parfois à accorder, entre les ressorts, les vis, les bidules et les machins faits à la main qui parfois donnent l'impression de se liguer contre le malheureux qui tenterait de vouloir les faire tourner de concert pour obtenir, ô impertience suprème, un dessin sur de la peau ! Bon Ok (ça c'était le passage "avocat du diable").

Mais excuser sa propre incapacité artisanale et artistique par une pseudo défaillance technique, faut pas abuser ! La machine ne marche pas : on en prend une autre. Y en a pas d'autre, on règle celle qu'on a. On y arrive pas, on remet le rendez-vous... Bon sens ? Je crois.

Et ce pauvre client qui avait tout gobé d'un trait. Et qui a repayé son tattoo, en joli cette fois.

A ajouter dans la liste "Pure Mauvaise Foi" aux côtés de :
- Mon chien a mangé mes devoirs (un classeur de 2 kilos avec le cartable, quand même !)
- Ma grand mère est morte (4 ème fois, c'est grave docteur ?)
- Ma voiture n'a pas démarré ce matin à cause du gel (j'habite à 5 minutes à pied, j'ai pas le permis et on est en été....)

MDR

14 septembre 2006

Vulgaire

tiens, une tête de mort...

Dans la série "des vertes et des pas mûres", en voilà une belle, tout juste pêchée aujourd'hui :
En fin de matinée, débarque à la boutique une joyeuse bande de demoiselles. L'une d'elle engage la conversation par "Est-ce que vous tatouez ici ?" en pointant le bas de son pli inguinal.
La question m'intrigue, je lui demande donc pourquoi je ne tatouerais pas cet endroit précis, plus habitué que je suis au "et ici, ça fait mal ?" ou au "et en cas de grossesse...".

Réponse : " je suis allé voir un autre tatoueur et il m'a dit que ça faisait vulgaire."

Alors là, que dire ?
Aider les gens dans leur quête, à l'aide de conseils esthétiques, graphiques ou physionomiques : je considère que cela fait partie du métier.
Sortir des critères plastiques et basculer sur un jugement d'ordre moral, là, il y a dépassement de bornes façon sortie de route.

"Vulgaire"

Qu'est-ce que cela veut dire ? Qui édite la définition du "vulgaire", et par opposition à quoi ? Pourquoi un tatouage à cet endroit serait plus "vulgaire" qu'à un autre emplacement ? Juger ainsi le choix d'une personne, décision qui en tatouage n'appartient qu'à elle, n'est-ce pas juger la personnne? Sachant que pour une grande partie des tenants de l'ordre moral, le simple fait d'être tatoué est en soi d'une unsoutenable vulgarité...
Mais qu'un tatoueur sorte ce genre d'ineptie, c'est quand même un peu gros. Alors un gros tribal sur l'épaule serait moins vulgaire qu'un ornement tiré de l'art nouveau situé à proximité de la région génitale ? J'aurais personellement tendance à préférer le second au premier, mais n'irais jamais dire que l'un est vulgaire et l'autre pas... En plus visiblement la demoiselle avait bien réfléchi son projet et n'était pas venu demander l'avis du vatican sur les tatouages intimes mais juste un dessin (refusé aussi d'ailleurs...) et un tarif.

On peut dire d'un tattoo qu'on l'aime ou pas (critère subjectif), qu'il est bien exécuté ou mal exécuté (critère objectif), mais peut-on juger d'un tatouage sur une base morale arbitraire? Surtout lorsque, en tant que professionnel, on doit respecter la volonté du client et le satisfaire en faisant parfois abstraction de ses propres gôuts.

Enfin bon, ça ne m'a pas coupé l'appétit, mais la seule conclusion à apporter à ce genre d'anecdote c'est que certains collègues doivent avoir tellement trop de travail et gagner tellement trop d'argent que ces gars peuvent se permettre de rembarrer des clients avec des jugements bidons.

tant mieux ça me fait des clients en plus !


13 septembre 2006

Faux-cuisme diplomatique

Et une Tête de mort en plus !

Dès qu'on est professionnel de quelque chose, il y a toujours quelqu'un pour vous demander votre avis sans vouloir une réponse franche... Je m'explique. Alors que j'étais aux beaux arts, dès que je débarquais quelque part, il y avait systématiquement une toile ou un dessin qui sortait de je ne sais où pour se retrouver collée sous mon nez avec la question de rigueur : "Qu'est-ce que tu en penses ?".

C'est là que commencent les ennuis. Dans 95% des cas ce n'est pas une vraie question, cela signifie : "vas-y l'expert, dis moi que c'est beau! ". Et la réponse obligatoire : "euh... waw, tu as fait ça tout seul, c'est splendide !"... Sauf que dans 94% des cas , on a envie de crier "Qui s'est essuyé sur une toile neuve, c'est du gachis" ou bien "tu devais en tenir une belle, ce soir là" ; mais ce n'est pas vraiment la réponse escomptée. Là on risque de se faire des ex-amis.

Ma réponse standard est devenue : "c'est original, mais faut travailler un peu plus le style..."
Faux-cuisme diplomatique ! Je suis pour la paix des ménages, et vous n'imaginez pas le type d'horreur que l'on a pu brandir sous mon pauvre tarin !


Seulement maintenant c'est pire : je suis tatoueur.

Et pas plus tard que dernièrement, comme à peu près tout le temps depuis que je suis dermographiste, un gars pour qui j'ai une certaine sympathie a dégainé sous mon nez un tattoo, devant lequel j'ai eu un imperceptible mouvement de recul.

Bon, quand quelqu'un que je ne connais pas vient à la boutique et me demande mon avis, je suis d'une redoutable franchise, dans un sens comme dans l'autre : j'ai vu passer de très belles pièces (du Chaudesaigues, du Tintin, des boulots de mes collègues de Dermagraphic Narbonne ou Béziers, quelques pièces d'autres perpignanais) auquel cas j'applaudirais presque direct dans la boutique. Et quand c'est à chier, j'essaie d'amener avec tact l'idée qu'il faudrait peut-être envisager une retouche, un recouvrement ou un coup de ponceuse à bois (nan je rigole !).

Mais là, je le connais le gars, et il est très gentil, et il me sort l'archétype du tattoo raté : remplissage à trous, pas uniforme, tracé lamentable, ombrage minable (je lui ai demandé s'il s'agissait effectivement d'une ombre... ou d'un noir mal cicatrisé), sans parler d'un motif objectivement sans l'ombre d'un intérêt graphique, voire carrément laid.
J'évite de critiquer les "collègues" en règle générale, et j'ai bien pris soin de lui suggérer d'aller faire des retouches sur son bidule avec diplomatie... La concurence est une saine chose, et je conçois que mes potes aillent se faire piquer où bon leur semble, même si je préfère chez moi !

Et je voyais briller dans son oeil amical, l'attente d'un compliment qui ne vint jamais. Mais bon, lui proposer directement une séance de laser alors que sa tâche n'était pas encore cicatrisée, aurait probablement jeté un froid par cette belle soirée de fin d'été.

J'ai donc sorti mon nouveau faux-cuisme spécial tatouage :
"C'est original... il est fini ? ah bon... tu devrais peut-être retourner faire des retouches.... il faudra le voir terminé !"

Exemple rare ? Malheureusement non, une relation qui était venue me voir pour un tattoo, se l'est fait faire ailleurs, pour une histoire de prix... et a dû quand même me verser des sous pour que je reprenne l'erreur apparue sur sa peau. J'ai d'autres exemples, mais je crois m'être fait comprendre.

Soit dit en passant un tatouage c'est pour la vie et c'est définitif : ça ne se réfléchit ou ne se négocie pas comme une machine à laver : la qualité a un prix... ben oui je me répète, ça doit être l'âge.

01 septembre 2006

Instrument à vent : pipeau !

Leçon de motivation

Dans la série : "Mon site, Mon pipeau" , j'étais passé au printemps sur le site d'une "Tatoueuse professionnelle à domicile" (?) dont la homepage était à la fois pompeuse et trompeuse.

D'abord, et c'était le moindre de ses pêchés, l'accroche commerciale était à mourrir de rire du genre "naturellement douée pour le dessin...", ce qui était totalement démenti par la qualité des dessins proposés sur le site qui étaient au mieux d'un niveau très "lycéen".

Ensuite la dénomination "Tatouage professionnel à domicile"... un peu comme "dentiste professionnel à domicile" ou "gynécologue professionnel à domicile", juste une très grosse abérration, car le tatouage, comme toute discipline touchant à l'être humain et engendrant des risques de contamination, nécessite un local décontaminé. Je me vois mal tatouer quelqu'un sur la table de sa cuisine ou du salon, sachant les risques d'infection liés, entre autres, à la présence d'animaux domestiques, de nourriture ou autres éléments allergènes ( ex : risques de toxoplasmose liés aux chats ). A moins de passer plusieurs heures avant la séance à virer les meubles puis à stériliser la piéce, cela me semble un pari bien risqué... Quant au mot "professionnel", théoriquement il va de soi ; tatoueur amateur, je ne connais pas, sauf à voir de temps en temps débarquer dans mon studio leurs victimes, pour du recouvrement.

Enfin, et c'était la cerise sur le gateau, cette personne se vantait de disposer du "seul diplôme officiel de tatouage en France" ! Là on passe dans la catégorie de mensonge supérieure, car le tatouage étant une activité non réglementée au jour ou j'écris ces lignes, aucun diplôme national n'existe, et on n' en verra probablement pas avant un certain temps.

Il est intéressant de noter que le site a été depuis amendé et que les textes et les mensonges ont fondu comme neige au soleil, peut-être un accès d'honnêteté ou la démarche d'un collègue moins diplomate.

Amis clients si vous tombez sur du pipeau de compétition de ce genre, fuyez !
En tatouage, la seule garantie de qualité, c'est le travail effectué, le client est seul juge.