19 novembre 2007

Légendes urbaines


Dans la série "tordons le coup à 2 ou 3 légendes sur le tatouage":

1 : "Suite à une allergie au henné on ne peut plus jamais se faire tatouer."

Faux. Le henné et le tatouage (le vrai) n'ont rien à voir ensemble : le henné est un procédé chimique agressif, surtout le henné noir, allongé au paraphénylène diamine (P.P.D.), qui se fixe dans la peau et provoque des allergies dites retardées et une hyper-sensibilisation chronique, avec pour conséquences brulures, boutons, plaques...voire parfois même des cas de comas suite à un choc anaphylactique .

Le tatouage est un procédé mécanique qui consiste à enfoncer dans le derme des pigments. Dans le cas d'encres utilisées par des professionnels, ces substances sont neutres et n'interagissent pas chimiquement avec l'organisme. Il existe des cas extrêmement rares d'allergies à certaines composantes de ces encres qui sont généralement connus des gens qui en sont atteints, dans ce cas il suffit de changer d'encre.
Les encres professionnelles sont testées dermatologiquement sont régulièrement surveillées par des organismes d'état (la F.D.A. aux États Unis).
Il faut par contre savoir qu'une allergie liée au henné rend dangereux des produits tels que les teintures pour cheveux qui contiennent du paraphénylène diamine.

2 : "Les anesthésistes refusent de faire des péridurales à travers les tatouages (bas de dos)."

Il est vrai que certains anesthésistes refusent de poser une péridurale à travers une peau tatouée, mais la raison est souvent plus morale que médicale : certains membres du corps médical, surtout les plus agés, profitent de cet argument semi-bidon, pour mener une croisade façon vieille-france sur le thème du 'faisons souffrir les marginaux"* ou "les femmes doivent accoucher dans la douleur"....
En effet, au jour d'aujourd'hui il n'existe, que je sache, aucun cas clinique d'incident lié à la pose d'une péridurale à travers une peau tatouée (voir presse médicale spécialisée ou presse professionnelle tatoueurs). D'autre part, si la zone ne dispose pas de surface vierge, il suffit d'inciser légèrement la peau à l'endroit voulu pour écarter le derme encré et piquer normalement.

Pour avoir pu discuter avec du personnel de bloc opératoire et des infirmières et des médecins, ce type d'argument ne repose sur rien de prouvé, à part un principe de précaution pour le moins douteux dans ce cas précis.

Donc si votre anesthésiste vous sort cet argument : changez-en !

* J'ai personnellement été témoin d'un incident entre un jeune tatoué dont le tatouage (effectué par un "collègue") s'était infecté et un dermatologue, ce dernier refusant de le soigner au motif que " vous n'aviez qu'à ne pas vous faire tatouer, c'est bien fait pour vous..."

03 septembre 2007

Graaaah !


Un bioméca sinon rien !

Bon alors, pour la millième fois : je hais le "tribal". Ce n'est pas très commercial de ma part de dire ça, mais le "tribal" ça me fais chier à dessiner, chier à piquer, et même si je m'applique du mieux que je peux je trouve ça très souvent (toujours?) très laid.

Bon alors, une fois cela dit, je peux m'expliquer : d'abord le "tribal" direct sorti d'un flash les 3/4 du temps n'est pas adapté à l'endroit où on le pose : donc il vaut mieux le dessiner direct sur le corps. Ensuite quant on prend le temps de discuter avec son client on découvre que dans 99% des cas le "tribal" c'est le tatouage par défaut : quand on ne sait pas quoi se faire tatouer on se fait faire un gros bidule noir... sans intérêt. La plupart de clients venus pour un tribal repartent avec autre chose, un travail souvent plus personnel, et en tout cas plus vrai, toujours plus beau !

Si on veut un tatouage tribal, un vrai, il existe mieux que les spaghettis à crochets pour punk à chien / traveller / catcheur : il y a le polynésien ! C'est noir, c'est plein de significations et beaucoup moins courant, plus fin et plus authentique.

Mais si on creuse un peu, avec tout ce que le tatouage moderne peut réaliser, en terme de technique, de couleur, de sujet; demander à un bon tatoueur de réaliser un tribal c'est utiliser une Ferrari pour labourer un champ : c'est ballot !

Faites preuve d'imagination, d'inventivité, de passion; que cette rentrée soit l'occasion de voir éclore de subtiles œuvres d'art, des harmonie colorées chatoyantes, des motifs fins et élaborés... pas ces grosses ignobles bouses noires et sans la moindre parcelle d'intelligence !

Et quand on sait le boulot nécessaire pour recouvrir ce type d'erreurs de jeunesse... (voir post précédent).

Vous valez mieux que ça !

03 juillet 2007

Mission Impossible.


ceci est un rattrapage
(et non, la partie gauche de la photo n'est pas floue...)
Une fâcheuse manie... voilà à quoi se résume le thème de ce billet d'humeur. Un fâcheux manque de modestie, voire de réalisme, avec parfois un soupçon de très mauvaise foi qui fait dire à certain : "c'est impossible" quand ils devraient dire : "je ne sais pas..." ou "je ne peux pas" voire "je ne veux pas...".
Dans ma profession chérie, une technique particulière fait souvent l'objet de cet aspect particulier de la psyché de certains de mes collègues : le recouvrement. Et le domaine est vaste tant la collection de pâtés et de pyrogravures en circulation est phénoménale : erreurs de jeunesse, tatouages militaires, carcéraux, "amateurs", ivrogneries... tant d’œuvres d'art contemporain dont leurs malheureux propriétaires voudraient se voir délivrés et dont un grand nombre n’est pas rattrapable (ce qui ne veut pas dire « pas recouvrable »).


ceci est un recouvrement.
nb : il y aura un fond bientôt pour écraser les 2 bouts de scorpion qui dépassent ;)

2 solutions : le laser ou le recouvrement, parfois même le laser ET le recouvrement. Le laser reste une solution souvent onéreuse, parfois douloureuse, quelquefois inefficace… Reste donc le service après vente du tatouage : le recouvrement.
Et là commence pour le « recouvrable » un parcours du combattant d’un type particulier : j’ai déjà développé dans de précédents article le thème des nombreux mythes urbains entourant cette obscure activité qu’est la tatouage, mais s’il y a bien dans ce métier un domaine où l’on dit tout et son contraire c’est le recouvrement ; là 3 attitudes prévalent :
1/- « c’est impossible ! ». La Rolls des excuses à 2 balles, car en tatouage, comme dans de très nombreux métiers, presque tout est réalisable, c’est juste une question de technique, d’imagination et de budget.
Presque chaque semaine, dans ma boutique, je fais des recouvrements jugés impossibles par d’autres, que je remercie au passage puisqu’ils agrandissent de ce fait ma clientèle. Le cas le plus risible s’étant produit hier (ce qui a motivé ma présente intervention), d’un vieux tattoo passé presque invisible, qu’un éminent collègue avait jugé « in-recouvrable » alors qu’en réalité c’est du pur billard…
2/- « le tribal obligatoire ». Ben, là c’est remplacer le mal par le pire : une grosse tâche noire par-dessus une bouse : que du bonheur ! La solution de facilité reste en effet de noyer dans une masse d’encre noire l’ancien tatouage, et d’appeler ça un tribal, parce qu’il faut bien trouver un nom à un gros bidule noir à tentacules. J’ai déjà vu du recouvrement de tribal par un tribal encore plus moche et plus étendu lui-même rattrapé par un autre tribal de mauvaise facture : moralité un truc qui ressemble plus à un cancer de la peau qu’a un joli encrage… Alors bien sûr, dans certains cas limités, les couleurs sombres sont nécessaires pour écraser un ancien tatouage trop sombre, mais cela peut se faire sur à peu près n’importe quel style de tatouage New-school, Old, Jap, quitte à passer exceptionnellement par la case laser…


adieu le dauphin...

3/- Enfin l’approche raisonnable : demander au client ce qu’il aimerait voir à la place de son ancien tatouage, et faire en sorte d’arriver à faire coïncider ses vœux et la technique pour qu’il reparte content d’avoir mieux, ou, si c’est en dehors de ses compétences, l’aiguiller vers quelqu’un qui saura gérer l’acte … Bref faire son métier de tatoueur en vrai professionnel, sans chercher à faire passer son incompétence ou sa paresse pour un édit divin : « c’est impossible ».

23 mai 2007

De l'art et de la machine...

en essayant de ne pas être trop rasoir... lol !

J'ai reçu aujourd'hui ce mail :

Subject: Demande de renseignement professionnel

Bonjour à tous.
Actuellement en passe de m'essayer au tatouage, j'ai besoin de l'avis de professionnels sur les kits pro de matos vendu sur le net, sur e.bay notamment...
Merci mille fois
Bien cordialement

XXX and XXX

et j'ai répondu ceci :

Bonjour.
Bien étrange requète que voilà... s'essayer au tatouage, l'un des seuls arts où aucun essai n'est permis.
Il n'existe aucun kit "pro", les professionnels utilisent un matériel qui, en France, est vendu uniquement par des entreprises sérieuses sur présentation d'un numéro SIRET.
Les kits vendus notamment en VPC par le biais de la presse magazine ne sont tout au plus que des pièges pour débutant, ce qui serait risible si les conséquences n'étaient pas si souvent graves : mauvais outils, mauvais consommables = peau abimée, mauvais travail.
Quant bien même vous achèteriez, moyennant beaucoup d'Euros, sur Ebay une machine "pro" et tout le matériel qui va avec (et dieu sait qu'il en faut !) et les consommables idoines : comment sauriez-vous la faire fonctionner, ou seulement la règler en fonction du type de travail à effectuer ?
Car une machine c'est bien... mais quelle machine, pour faire quoi ? avec quels consommables ?

Je ne saurais trop vous conseiller, si le métier de tatoueur vous intéresse, de vous rapprocher d'un professionnel et - s'il l'accepte - de vous faire former par ses soins, ce qui est long (une à plusieurs années).
Ensuite vous comprendrez qu'avant de vous acheter une machine et de la poser sur de la peau humaine, il y a de nombreuses choses à savoir pour éviter les choses catastrophiques produites par les tatoueurs du dimanche, que nous - les pros - nous échinons à reprendre, recouvrir ou rattraper, quand cela est encore possible.
Au bout de cette formation, vous serez en mesure de réaliser un travail honnête pour peu que votre mentor ait eu un baggage interessant et suffisant à vous transmettre et que vous ayez un peu de talent.

Le tatouage est un métier formidable, engagez-vous-y pour peu que vous ayez la patience et le coup de crayon nécessaire.

En résumé : il n'y a pas de kit "pro", parce qu'il n'existe pas de tatoueur "amateur".

Bien amicalement

Steve
Dermagraphic Perpignan

02 janvier 2007

Bonne Année 2007 !!!!!!


Bonne Année à tous !
Comme vous l'aurez remarqué cette année est placée sous le signe du "Lucky Seven", donc la chance est à nos côtés ! Je vous souhaite de réussir dans vos projets quelqu'ils puissent être, et de pouvoir regarder 2007, le 1er Janvier 2008, en vous disant que vous n'auriez pas pu mieux la vivre!