03 juillet 2007

Mission Impossible.


ceci est un rattrapage
(et non, la partie gauche de la photo n'est pas floue...)
Une fâcheuse manie... voilà à quoi se résume le thème de ce billet d'humeur. Un fâcheux manque de modestie, voire de réalisme, avec parfois un soupçon de très mauvaise foi qui fait dire à certain : "c'est impossible" quand ils devraient dire : "je ne sais pas..." ou "je ne peux pas" voire "je ne veux pas...".
Dans ma profession chérie, une technique particulière fait souvent l'objet de cet aspect particulier de la psyché de certains de mes collègues : le recouvrement. Et le domaine est vaste tant la collection de pâtés et de pyrogravures en circulation est phénoménale : erreurs de jeunesse, tatouages militaires, carcéraux, "amateurs", ivrogneries... tant d’œuvres d'art contemporain dont leurs malheureux propriétaires voudraient se voir délivrés et dont un grand nombre n’est pas rattrapable (ce qui ne veut pas dire « pas recouvrable »).


ceci est un recouvrement.
nb : il y aura un fond bientôt pour écraser les 2 bouts de scorpion qui dépassent ;)

2 solutions : le laser ou le recouvrement, parfois même le laser ET le recouvrement. Le laser reste une solution souvent onéreuse, parfois douloureuse, quelquefois inefficace… Reste donc le service après vente du tatouage : le recouvrement.
Et là commence pour le « recouvrable » un parcours du combattant d’un type particulier : j’ai déjà développé dans de précédents article le thème des nombreux mythes urbains entourant cette obscure activité qu’est la tatouage, mais s’il y a bien dans ce métier un domaine où l’on dit tout et son contraire c’est le recouvrement ; là 3 attitudes prévalent :
1/- « c’est impossible ! ». La Rolls des excuses à 2 balles, car en tatouage, comme dans de très nombreux métiers, presque tout est réalisable, c’est juste une question de technique, d’imagination et de budget.
Presque chaque semaine, dans ma boutique, je fais des recouvrements jugés impossibles par d’autres, que je remercie au passage puisqu’ils agrandissent de ce fait ma clientèle. Le cas le plus risible s’étant produit hier (ce qui a motivé ma présente intervention), d’un vieux tattoo passé presque invisible, qu’un éminent collègue avait jugé « in-recouvrable » alors qu’en réalité c’est du pur billard…
2/- « le tribal obligatoire ». Ben, là c’est remplacer le mal par le pire : une grosse tâche noire par-dessus une bouse : que du bonheur ! La solution de facilité reste en effet de noyer dans une masse d’encre noire l’ancien tatouage, et d’appeler ça un tribal, parce qu’il faut bien trouver un nom à un gros bidule noir à tentacules. J’ai déjà vu du recouvrement de tribal par un tribal encore plus moche et plus étendu lui-même rattrapé par un autre tribal de mauvaise facture : moralité un truc qui ressemble plus à un cancer de la peau qu’a un joli encrage… Alors bien sûr, dans certains cas limités, les couleurs sombres sont nécessaires pour écraser un ancien tatouage trop sombre, mais cela peut se faire sur à peu près n’importe quel style de tatouage New-school, Old, Jap, quitte à passer exceptionnellement par la case laser…


adieu le dauphin...

3/- Enfin l’approche raisonnable : demander au client ce qu’il aimerait voir à la place de son ancien tatouage, et faire en sorte d’arriver à faire coïncider ses vœux et la technique pour qu’il reparte content d’avoir mieux, ou, si c’est en dehors de ses compétences, l’aiguiller vers quelqu’un qui saura gérer l’acte … Bref faire son métier de tatoueur en vrai professionnel, sans chercher à faire passer son incompétence ou sa paresse pour un édit divin : « c’est impossible ».