29 décembre 2008

Et... ça fait mal ?


Finissons l'année avec ce thème si cher à nos cœurs de tatoués (ou futurs tatoués):
La douleur (bouuuuuuh !!)
Ah, si l'on m'avait donné un Euro à chaque fois qu'est revenue à mes oreilles percées cette entêtante question : "ça fait mal ?" !!!

Je me suis déjà exprimé dans ces pages sur l'aversion naturelle qui m'afflige en ce qui concerne les anesthésies dans le petit monde du tattoo, mais il faut bien aborder un fois pour toute la question qui fait mal...

D'abord, contrairement à la constitution française, tout le monde n'est pas égal face aux sensations liées au tatouage. Deux personnes peuvent se faire tatouer au même endroit un motif de taille sensiblement équivalente et le ressentir de façon diamétralement opposée. D'autre part la même personne prise dans différents état (forme ou fatigue, stress ou calme) va réagir différemment à l'acte...

Les conseils pour mieux tolérer la sensation du tattoo sont donc simples :

a/ Pas de pression inutile : personne ne peut prédire ce que vous allez ressentir, donc ceux qui vous disent "tu vas avoir mal" parlent sans savoir; mieux vaut ne pas les écouter. Plus vous serez Zen et mieux cela se passera...

b/ La fatigue est votre ennemie, si vous arrivez reposés il y a plus de chance que vous supportiez mieux le tatouage. Dans le même esprit, un ventre plein vous évitera bien des désagréments...

La réciproque de ces petits conseils est simple : il ne faut pas choisir l'emplacement d'un tattoo en fonction de la douleur supposée que vous devriez ressentir... De toute façon la "douleur" dure le temps de l'acte, le dessin reste "à vie" ! Comme je l'ai déjà dit dans un article précédent, le tatouage n'est pas la sensation la plus désagréable que vous subirez dans votre existence

Soit dit en passant, ce conseil s'applique aussi à la pudeur ; déplacer un dessin pour éviter de dénuder une partie de son corps face au tatoueur est un très mauvais choix : le tatoueur est un professionnel qui voit à peu près toutes les parties du corps humain plusieurs fois par semaine, et qui est là pour faire un joli tattoo, pas pour se rincer l'œil !

Voilà, pour conclure, je dirais que celles qui ont déjà essayé un épilateur électrique ont une petite idée de ce que cela fait de se faire tatouer (et je préfère encore me faire tatouer...) !

10 décembre 2008

Styles (2) : L'inspiration polynésienne



Commençons cet article par une nécessaire mise-au-point : si j'emploie le terme "d'inspiration polynésienne" c'est à dessein ; je ne suis ni de près ni de loin apparenté aux peuples des îles, et donc je ne me permettrai jamais de prétendre exécuter un tattoo polynésien authentique, avec la charge culturelle et religieuse qui lui sont liées (vous voyez la nuance ?). Je me cantonnerai donc à une approche graphique du sujet, qui est déjà suffisamment riche sous cet angle.

A tout seigneur tout honneur, si l'on emploie les termes tatouages ou tattoo, c'est que ce sont des
dérivés étymologiques de "Tatau" mot originaire de polynésie désignant, là-bas, l'art de la dermographie. Même si ce ne sont pas les inventeurs du concept, il faut bien reconnaître que peu de peuples à la surface de notre petite planète ont autant intégré le tatouage à leur culture et à leur civilisation.




Sorti de son contexte ethnique, ce type de tattoo conserve un intérêt graphique certain, ne serait-ce que par la façon dont son agencement permet de mettre en valeur l'anatomie. En soulignant les lignes de force du corps, il permet de définir la musculature ou la carrure, apportant un "plus" esthétique certain. Un vocabulaire graphique riche permet d'obtenir des pièces complexes intéressantes, en évitant la monotonie de certains tatouages de type "tribal".


Une pièce réussie fonctionne sur plusieurs niveaux de lecture, en faisant abstraction du sens, elle doit pouvoir se "lire" de loin, dans son rapport à l'anatomie; puis rester intéressante de plus près, dans l'organisation des signes et figures qui la compose. La gestion du vide et des espaces, la répartition des surfaces noires feront qu'un dessin sera plus ou moins harmonieux ou équilibré; il faut éviter à tout prix la "tâche noire" (dessin trop saturé, pas assez de vides) ou le "plat de spaghetti" (dessin trop complexe ou trop fouillis, manque de lisibilité).


Ceux qui voudront y lier une symbolique pourront se pencher sur des ouvrages tels que "Tatouage polynésien d'hier à aujourd'hui", un livre fort bien documenté, qui constitue une mine d'information sur cet art et son contexte, ainsi qu'une galerie d'exemple d'une rare richesse.


Soit dit en passant, comme pour tout tatouage trouvé dans un livre, un magazine ou sur internet, copier "tel quel" les œuvres présentées est non seulement sans intérêt au niveau originalité,, mais surtout un manque de respect absolu pour leurs propriétaires et leurs créateurs. Par contre cela peut servir de base et d'inspiration à une création novatrice, que votre tatoueur se fera probablement un plaisir de dessiner... Il faut aussi souligner que ce style se prête fort bien au dessin directement à même la peau, ou "freestyle", ce qui permet justement de suivre au plus près les courbes du corps.

Pour aller plus loin :

Site Tahiti Souvenirs

19 novembre 2008

Influences (2) : Mucha



Alphonse Mucha (1860 - 1939) est un génie. J'adore ce genre d'affirmations péremptoires, mais dans ce cas précis je pense ne pas pas être tombé trop loin de la plaque.

Plantons le décor : Fin XIXe siècle l'art européen est encore englué dans un académisme flamboyant, l'art dit "pompier", mais se dessinent dans les marges de l'art officiel les prémisses des révolutions plastiques du XXe siècle. D'un côté tous ceux qui - à tort ou à raison - vont progressivement abandonner la "technique" pour lui substituer l'affect (impressionnistes, expressionnistes, cubistes), d'un autre ceux qui affinent technique et graphisme (Art nouveau, Arts and crafts, Bauhaus par la suite) pour atteindre une perfection du trait proche de l'absolu. Là se trouve Mucha.



Affichiste de grand talent, Mucha est une source d'inspiration assez fabuleuse pour le tatoueur à la recherche de courbes, de volutes ou de motifs végétalisants . Sans pour autant tomber dans la bête copie du maître, l'étude de sa gestion du tracé dans son épaisseur, son évolution, la composition et la répartition dans l'espace, directement dictées par les rigides lois de l'affiche, sont une source permanente de perfectionnement pour peu que l'on s'y attarde.



La féminité étant l'axe majeur de son travail, et il n'est pas étonnant que l'on puisse y puiser une solide inspiration pour la réalisation de motifs adaptés à la morphologie de la femme.

L'influence de Mucha à traversé le XXe siècle sans embuche et reste une inspiration majeure pour les graphistes actuels, voire même pour des auteurs de comics comme Adam Hughes qui perpétuent sont trait si particulier en l'adaptant à des temps plus modernes...

Pour aller plus loin :
Mucha : Wikipedia
Mucha : Musée Mucha Prague
Adam Hughes : site officiel

27 octobre 2008

Styles (1) : Le "Old school"


Un peu d'histoire :

Le tatouage est un art riche en tendances, styles et traditions; tout cela réparti sur des siècles d'existence, voire des millénaires... 30 000 ans pour être précis, selon certaines études archéologiques basées sur le peintures rupestres. Le chasseur momifié retrouvé dans le glacier de Similaun et daté de 5300 ans avant notre ère porte des marquages simples et stylisés qui constituent les premiers tatouages tangibles trouvés par des archéologues. D'autres ont étés observés sur des momies égyptiennes ou asiatiques.

On sait que certains peuples d'Europe antique et médiévale arboraient des tatouages même si l'obscurantisme religieux qui finit par recouvrir le continent s'accompagna de nombreux interdits à leur égard. Ces interdits survivent encore au sein de certaines communautés, même si les jeunes générations, éducation aidant, y prêtent de moins en moins attention. Le tatouage touche depuis les 2 dernières décennies tous les groupes de la société, quelque soit leur culture, origine ou croyance. Quant à ceux qui nous rabachent que le tatouage est un phénomène de mode, il faudrait leur rappeler qu'il y a de nombreuses probabilités que plusieurs de leurs ancêtres aient été tatoués...




A tout seigneur tout honneur...


En premier, je voudrais aborder le type de tatouage qui est le principal ancêtre du tatouage occidental moderne : le "Old School". Cet anglicisme désigne un type particulier de tatouage "à l'ancienne", plus souvent en réalité inspiré du tattoo début 20e siècle que réellement éxécuté selon les techniques de l'époque.

Les machines, aiguilles et encres ont fait tellement de progrès ces dernières années, que personne ou presque n'utilise plus les vieilles rotatives de l'époque ni de l'encre de stylo bic ou des aiguilles à coudre... enfin j'espère. Par contre les motifs, et leur style, ont gardé un cachet, une authenticité et une esthétique digne d'intérêt. Ligne claire, dégradés du noir vers une couleur primaire, esprit naïf, thématique liée à la vie, l'amour, la mort, la vengeance, la haine... que du grand classique.

Tous les trois mats, les " bonnes étoiles", les ancres (comme popeye), les pin-ups, les crucifix, les têtes de christ, les aigles, les panthères noires, les toiles d'araignées... Modèles indémodables hérités des marins, militaires, légionnaires, bagnards, marlous, et de tous ceux qui donnérent quelques mois de leur vie lors du service militaires !

Aujourd'hui le Oldschool vit une deuxième jeunesse auprès des milieux de la Custom culture, Rockabilly, country voire même goth. Ces motifs intemporels remis au gout du jour ne sont pas prêts de disparaitre grace à leur simplicité, leur force et leur authenticité.

06 octobre 2008

Influences (1) : HR Giger


tous les visuels : copyright HR giger
Le Tatouage n'est pas un art coupé de son temps, ou plutôt ne l'est plus. Longtemps les dermographes se sont contentés de reproductions à la chaine de dessins généralement assez naïfs, simples et sans grand intérêt esthétique ou plastique.

Mais la formidable démocratisation du tatouage, tant au niveau des praticiens que de leur clientèle à permis l'arrivée d'influences beaucoup plus variées et "pointues" que le substrat culturel originellement assez pauvre.

Donc je vais vous proposer une série d'article sur des artistes qui influencent ma pratique ainsi que celle de nombreux autre collègues.

Commençons par un inconnu célèbre : HR Giger.


Hans Rudi (HR) Giger est probablement l'un des artistes les plus influents de la fin du XX ème siècle, probablement aussi l'un des plus méprisés du "milieu" de l'art contemporain, enfin assez peu connu du grand public autrement que par ses collaborations avec, entre autres, l'industrie cinématographique.

Car HR Giger c'est Alien. Pierre angulaire du cinéma de science fiction, premier parmi les chefs d'œuvre oscarisés de Ridley Scott, Alien est surtout l'aboutissement des recherches plastiques de Giger dans un domaine qu'il a inventé : la Biomécanique (ou "le " selon les applications).


La Biomécanique est un avatar tardif du surréalisme, Giger a rencontré Dali dans ses jeunes années. La filiation artistique de son œuvre, très ostensible dans sa genèse, s'affranchira progressivement des codes surréalisme pour établir ses propres règles, son propre univers, qui a depuis fait de nombreux émules.

L'influence de la pensée plastique de Giger est immense. Du cinéma à la littérature, du design à l'architecture en passant par le graphisme et la bande dessinée, l'univers sombre de Giger a contaminé tellement d'aspect des cultures occidentales qu'en faire un inventaire exhaustif s'avèrerait quasiment impossible.


Pilier de l'imaginaire gothique, il est logique que sa démence ai trouvé dans le tatouage une application graphique, sa plastique et son esthétique relevant intrinsèquement du corps et de la chair et y trouvant naturellement leur place. Il suffit de faire une recherche Google sur "giger tatouage" pour constater la diffusion de sa pensée, loin, très loin, du milieu artistique institutionnel qui ne lui a jamais accordé une reconnaissance pourtant largement méritée.

Pour aller plus loin :
Musée HR Giger
Site officiel HR Giger

30 septembre 2008

Protocole de cicatrisation



Comme on me le redemande souvent, je vais ici rappeler le protocole de cicatrisation que je recommande après un tatouage :

  • 1/ Vous venez de vous faire tatouer, votre tatouage est recouvert d'un film transparent que vous allez conserver 2 heures à compter de la fin de l'acte. Ce film protège le tatouage du monde extérieur... et vos vêtements du tatouage.
  • 2/Les 2 heures sont révolues, nettoyez la peau de toute trace de sang, graisse ou encre qui s'y trouve, pour les gros tatouages vous pouvez prendre une douche. Laissez à l'air libre jusqu'au soir ( sauf risque de souillure, bien-sûr, auquel cas vous pouvez protéger avec du cellophane.).
  • 3/Pour dormir le premier soir, emballer le tatouage avec du cellophane.
  • 4/Au matin du lendemain, sortie de douche, appliquer du Cicatryl sur le tatouage en prenant bien soin de faire pénétrer la pommade et de ne pas en laisser en épaisseur. Répéter l'application 3 fois par jour durant les 10 jours suivant l'acte. Ne rien changer à son hygiène personnelle, une peau propre cicatrise mieux qu'une peau sale (beurk!). Toujours appliquer la pommade avec des mains propres sur une peau nettoyée.

Remarques :
  • bien lire la notice du Cicatryl avant de s'en servir, je ne suis pas médecin donc en cas de doute (allergies, peau fragile...) s'adresser à un vrai docteur avec blouse blanche et stéthoscope.
  • pour ceux qui exercent un métier avec risque de souillure ou de salissure, il peut être utile de maintenir un cellophane sur le tatouage pendant les heures de travail, autrement l'air pur reste la meilleure atmosphère possible pour une bonne cicatrisation.
  • éviter le contact avec l'eau de mer, de piscine, le sable et les coups de soleil : autrement dit durant la cicatrisation la plage est votre pire ennemie.
Voilà, si le moindre doute subsiste, n'hésitez pas à vous renseigner ; les seules questions idiotes sont celles qu'on ne pose pas.

14 septembre 2008

Convention... ou pas!



Ben voilà, Dimanche 14 Septembre 2008, 21 heure, la première convention de Tatouage de Perpignan est finie, et je n'y serai pas resté bien longtemps, et surtout pas pour tatouer...

Les conventions sont les grand-messes du milieu du tattoo, et nombre de mes très estimés collègues en raffolent ; et je dois dire qu'y aller en touriste n'est pas désagréable, juste pour faire du shopping, écouter les concerts ou voir de belles américaines sur le parking. Mais, pour moi, tatouer en convention c'est non. Ma déontologie, ma philosophie du tatouage est complètement incompatible avec l'idée même de tatouer en public, en open-space.

Je pense que le tatouage est un acte privé, une relation privilégiée entre l'artisan et son client, un acte qui nécessite calme et isolement, ce qui est relativement, voire totalement, impossible dans le brouhaha permanent, le passage et la cohue d'une convention. Et même si les conditions d'hygiène sont souvent strictes et l'organisation efficace, cela ne sera jamais, pour moi, équivalent, aux conditions de travail en studio, loin s'en faut.

Donc à tous mes très chers clients qui m'ont exprimé leur déception de ne pas me voir travailler sur cette convention, dès lundi vous pourrez profiter de mes services dans les conditions idéales, dans mon antre, ma crypte, ma forteresse de solitude... ma boutique !

04 septembre 2008

Ouf ?


Bon, et bien il semblerait, à en croire TATOUAGE MAGAZINE, que notre très stupide législation soit désormais en partie tombée aux oubliettes... Le SNAT (syndicat national des Artistes Tatoueurs) aurait réussi à contrecarrer les vues répressives qui avaient abouties à la publication du décret du 19 Février 2008 (voir articles précédents ).

J'utilise le conditionnel, car pour l'instant je n'ai pas d'autres nouvelles sur le sujet, et, même si je ne doute pas de la fiabilité du magazine en en question, je préfère prendre l'info avec des pincettes.

En attendant, et pour ceux que cela intéresse voici la nouvelle notice que j'affiche en magasin :

Tarifs : Le tarif minimum de nos prestations est de 50€, le prix du service est fonction de la taille, de la complexité, de l’emplacement et de la technique du travail éxécuté. Un acompte de 30€ pourra être demandé à la prise de rendez-vous.

Règlement : Seuls les règlements en espèce sont acceptés. Suite à de nombreux chèques impayés, ce mode de paiement est désormais strictement refusé. Le magasin n’est pas équipé pour gérer les paiements par carte. Le règlement s’effectue en début de séance.

Identité : Pour des raisons de conformité à la loi, nous sommes en mesure de vous demander une pièce d’identité justifiant de votre age.

Mineurs : Les personnes mineures, ou incapables majeures, peuvent être tatouées à partir de 16 ans sur présentation des papiers d’identité les concernant ainsi que leur tuteur légal, ce dernier devant produire une autorisation écrite détaillée concernant spécifiquement l’acte en cours.

Santé : Les personnes affectées de pathologies, allergies ou handicaps doivent les déclarer avant tout acte; un avis médical pouvant être requis dans certaines situations. Pour les mêmes raisons, nous vous demandons de vous abstenir de toute prise de THC, alcool ou autre substance risquant d’interférer avec l’acte dans ls 24 heures précédant ce dernier.

Retouches : Les retouches doivent être effectuées dans les 3 mois suivant l’acte principal, passé ce délai elles seront facturées.

Soins : Le client est requis d’appliquer les soins conseillés avec la plus grande application : pas de mer, plage, piscine, exposition prolongée au soleil durant les 10 jours suivant l’acte; application 3 fois par jour de la pommade indiquée; hygiène personnelle normale. En cas de risque de salissure ou de contamination, demander conseil au tatoueur.

Risques : Le tatouage stricto sensu ne pose aucun risque sanitaire dans la mesure ou l’acte est effectué dans des conditions optimales d’hygiène, cependant nous attirons l’attention de notre clientèle sur les risques sociaux liés à cette pratique, et plus particulièrement sur le tatouage ostensible.
Une réflexion préliminaire est indispensable.

Voilà !
J'ai essayé d'être assez exhaustif... mais rien ne remplace une bonne discussion avec le client !

04 août 2008

Mélange des genres...

Le décret n° 2008-149 du 19 février 2008 règlemente les pratiques du tatouage et du piercing. Et déjà, rien que dans cette phrase apparait cette énormité, ce contre-sens absolu : associer jusqu'à les confondre tatouage et piercing. Pourquoi pas faire un décret réglementant à la fois cancérologie et cerf-volant ou l'industrie nucléaire et la guimauve artisanale...

Bon, certains me diront que beaucoup de tatoueurs font des trous pour arrondir leur fin de mois, et que certains perceurs font des gribouillis cutanés pour la même raison, et que souvent les 2 activités se pratiquent dans le même magasins : certes.

Mais de facto, ces 2 métiers n'ont pratiquement rien en commun, mis à part la nécessité d'une hygiène drastique lors de leur pratique. Les clientèles sont aussi souvent très différentes. Et les actes sont, eux, carrément antithétiques, tant au niveau tangible, que dans leur philosophie.

A ma droite, le tatoueur, son but : le respect absolu de l'intégrité dermique. Son œuvre est définitive et s'inscrit dans la durée, tant pour sa réalisation que pour son existence. Un tatouage ne peut pas s'enlever, sauf exception. ma clientèle est en grande partie entre 30 et 45 ans.

A ma
gauche, le perceur, son but : traverser les chairs. Son œuvre est provisoire et s'inscrit dans l'éphémère, tant pour sa réalisation que pour son existence. Un piercing peut s'enlever, sauf exception. La clientèle de mon perceur est en grande partie entre 16 et 25 ans.

Il serait donc temps que l'on distingue, que l'on sépare ces 2 forts respectables métiers, tant dans leur traitement médiatique, que juridique.

30 juillet 2008

Le juste prix !

Aujourd'hui, je vais vous entretenir d'un fléau moderne qui pourri la vie de nous autres artisans dermographes : le marchandage !

Question corollaire : combien coûte un tatouage ?

A part le tarif plancher de 50€?

On m'a déjà demandé pourquoi il n'y a pas de tarif affiché dans mon magasin : tout simplement parce que cela relève de l'impossible absolu ! Il faudrait arriver à définir un algorithme permettant de quantifier la complexité technique d'un motif et la mettre en parallèle avec le type de peau du client, l'endroit du corps et la surface totale du dessin, sans oublier une équation prenant en compte la sensibilité de sa peau par rapport à la quantité d'endorphine secrétée par le client, son endurance et sa patience. En plus, un dernier facteur lié au tatoueur lui-même : le talent, de facto objectivement inquantifiable...

Autrement dit un tarif de tatoueur ressemblerait à un horaire SNCF écrit par un savant fou : 9000 pages de tableaux avec de tous petits chiffres. Il faudrait ajouter un paragraphe sur les facteurs psychologiques qui peuvent rendre tel ou tel tatoueur financièrement plus indulgent sur des chantiers plus intéressants, ou a contrario...

C'est pour cela que seul le praticien de l'Art sait quel prix attribuer à tel ou tel travail.

Et c'est pour cela que ce tarif est intrinsèquement indiscutable.

...Et c'est au moment de donner ce tarif, que parfois, le prospect se rebiffe d'un :

"on m'a proposé moins cher ailleurs"

La phrase qui tue. La phrase la plus stupide que l'on puisse prononcer dans un studio de tatouage, celle qui signifie que celui qui la prononce n'a rien compris au métier de tatoueur, ou ne connais pas celui qu'il a en face de lui... Ou le traditionnel renfrognement : "c'est un peu cher!", "je ne comptais pas y mettre autant..." et tatati et tatata...

Bon, on n'est pas chez Darty, on ne parle pas d'une machine à laver ou d'un radio réveil... Les prix fixés par un concurrent m'intéressent à peu près autant que la reproduction des amibes dans l'intestin grêle des éléphants nains du pôle nord : c'est dire! Je vais le redire encore une fois:

"mille tatoueurs = mille méthodes différentes"

Quant à l'argument économique, je vis dans le même pays que mes clients, ce magnifique pays où les gens qui travaillent se font saigner comme des porcs chez Justin Bridou. Donc je sais que le prix d'un tatouage n'est pas une sinécure, et que souvent cela représente une somme importante pour un budget standard, ce que j'essaie de prendre en compte dans la mesure du possible.

Mais sans vous refaire le couplet habituel sur la pression fiscale, l' URSSAFF et tous les autres, il reste un argument massif : je n'oblige personne à franchir le pas de ma porte, ni a m'apporter son argent, et encore moins à passer sous mes aiguilles.

Mon travail a un prix, que je fixe selon des paramètres qui me sont propres, le respecter c'est respecter mon travail. Point barre.

22 juillet 2008

Freestyle : un exemple

Je vous entretenais, recemment, des joies du freestyle, voici quelques exemple de réalisations sur ce principe.
D'abord le croquis...
Cette étape n'est pas la première du "chantier" : en amont, une bonne discussion avec le client permet de définir exactement la direction à prendre pour le style, la taille, les détails. Ensuite on passe en mode "marqueur", de façon à obtenir un dessin proche du volume final du tatouage.



Ensuite on attaque le tracé.
Là commence la véritable aventure ! sachant que le tracé d'un dermographe est nettement plus précis que celui d'un marqueur, il faut savoir conserver l'esprit et les proportions du projet, tout en n'en effaçant le moins possible l'ébauche.


Et voilà le travail !

23 juin 2008

Des flashs dans la nuit...


hé mec, spéciale dédicace du huit cinq, mec!

J'ai flanqué mes flashs à la benne...

Bon, pour ceux qui ne savent pas ce qu'est un "flash", c'est une planche de dessins pour tatouage avec une dizaine de motifs, que l'on trouve souvent reliés sous forme de gros cahiers dans les antichambres des tatoueurs. On va y trouver 200 dauphins, 500 tribal, et et foultitude d'autres motifs généralement assez laids et inintéressants.

Je dois dire que j'en avais un peu marre de voir ces grosses compilations trainer sur ma table et inviter mes clients à me brandir sous le nez des horreurs que je ne pensais même pas posséder. Bien sûr, il n'y a pas que des drouilles, on peut y trouver parfois des œuvres de Bob Tyrrell ou de Coop, entre autres...

Mais bon, le principal problème des Flash, c'est qu'on a tous, nous les tatoueurs, à peu près les mêmes en stock, et que sur ce volume global, on va nous demander souvent les mêmes. Je prends encore pour exemple de cette fameuse tête de cheval en bas de dos tribal qui a été piquée à au moins 5 exemplaires à Perpignan : bonjour l'originalité !

Donc j'ai pris le parti de faire uniquement du sur-mesure...

Vu qu'on a des crayons bien taillés, un PC bien aiguisé et une imagination illimitée, autant s'en servir ! Même pour un petit dauphin, une petite étoile ou des cerises, rien ne vaut un petit croquis sorti en deux secondes de derrière les fagots, la garantie d'une pièce vraiment unique puisque créé sous les yeux du client ébloui (je sais, j'en fais trop!).

Ensuite il existe tellement de sources pour obtenir un motif totalement personnel : nous vivons dans la civilisation de l'image. Livres, films, photos, jeux vidéos, internet, sont autant de moyens de découvrir le visuel parfait, ou la combinaison d'influences qui nous permettra d'accoucher sans douleur du tattoo qui vous collera à la peau (facile) ! Les magazines de tatouage sont un bon moyen de savoir ce qui se passe dans notre petit monde, mais surtout pas une source de copies faciles et sans imagination.

Freehand : Magic touch !

Et puis pour les grosses pièces, il y a le freehand ou freestyle, un dessin directement réalisé au marqueur sur la peau et piqué de suite par dessus. La meilleure façon de gommer les différence qui peuvent exister entre un dessin plat (sur papier) et un tatouage sur volume (le corps). De plus en plus clients pour les tattoos de style poly me font confiance sur cette méthode, et même depuis peu, avec du new school ! La c'est réellement le "pied" : le client suit la genèse de son tatouage en temps réel, et moi je peux m'éclater à faire un travail réellement original et spontané, plus proche du dessin ou de la peinture que du tatouage... Que du bonheur !

31 mars 2008

Dura Lex Sed... n'importe quoi !



Un petit jeu : qui a écrit ceci ?

"Ces modifications corporelles (...) traduisent plusieurs états : perception négative des conditions de vie, mauvaise intégration sociale, souci d’amélioration de l’image de soi, précocité des rapports sexuels avec grand nombre de partenaires, homosexualité, usage de drogues et consommation d’alcool, activités illicites et appartenance à un « gang », mauvaises habitudes alimentaires. (...). Il en ressort que, même si toutes les couches sociales sont concernées, surtout à cause d’un indiscutable phénomène de mode, ces pratiques, réalisant plus ou moins des marqueurs identitaires ou d’appartenance à un groupe social, sont plus le fait de populations fragiles (adolescents, délinquants, individus en proie à un mal-être et ayant besoin d’affirmer leur identité, sujets incarcérés…) ou ayant une conduite à risque (addictologie, précocité et multiplicité de la sexualité)"
réponses :
a/ une secte religieuse extrémiste
b/ un groupe fascisant
c/ l'académie nationale de médecine
2 minutes de réflexion....
Vous avez tous gagné !
Car quiconque se cache derrière le sobriquet pompeux d'

ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE
est en réalité un dangereux fanatique totalement déconnecté des réalités de ce monde, en plus particulier de celui du tatouage en France... Car à lecture de ces quelques lignes de haine pure on se doute bien que la (ou les) personne qui en est à l'origine, ne connait rien du sujet qu'elle aborde de façon aussi cavalière. De toute façon en annexe bibliographique sont citées majoritairement des sources américaines ( appartenance à un "gang" : LOL), relatant un contexte social totalement différent du notre, preuve que ces gens ne sont pas assez intelligents, ou trop paresseux, pour faire eux-même une enquête de terrain poussée.
Amis tatoués, êtes-vous cette bande de dépressifs, narcissiques, délinquants, homosexuels, obèses, obsédés, drogués, asociaux décrits ci-dessus?

Je m'adresse aux nombreux gendarmes, pompiers, policiers, militaires que j'ai pu piquer, mais aussi aux fonctionnaires, profs, instits, artisans, chefs d'entreprise, médecins, infirmières, travailleurs et employés, agriculteurs et sportifs ...bref un belle brochette de gens dits "normaux" qui s'adonnent au tatouage!

Etes-vous ces rebuts de notre société que l'académie nationale de médecine décrit dans sont pamphlet?

Pour qui se prennent ceux qui insultent ainsi plusieurs centaines de milliers de citoyens français ?


Le tatouage n'est-il que le stigmate, le symptôme de quelque inadaptation ou vice? Qui en 2008 peut-être assez stupide pour proférer de pareilles âneries? Qui, d'ailleurs, dans une liste de défauts et de comportements négatifs, est suffisamment arriéré pour inclure l'homosexualité, entretenant une coupable confusion entre un choix de vie largement accepté aujourd'hui et des tares, ou attitudes supposées telles.


Allez mettre le nez dehors, vous les tartuffes; le tatouage en France, en 2008,est un acte anodin, indépendant de classe social ou d'activité sexuelle ou professionnelle. J'ai tatoué des riches, des pauvres, des jeunes et des vieux (doyen -68 ans), des hétéros, des bis, des gays, des lesbiennes, mais aussi des gros, des maigres, des beaux, des moins beaux, de droite et de gauche, des musulmans, des cathos, des juifs, des bouddhistes, des qui ne croient en rien... Avez-vous jamais franchi les portes d'un studio de tatouage? Qui parmis votre assemblée de -non-sages est porteur d'un tattoo ou d'un piercing, qui parmis vous exerce cette magnifique activité, plus vieille que celle de médecin si l'on en croit nos amis archéologues .

Car tant est variée la population des mes clients, l'est encore plus le dictionnaire des raisons de se faire tatouer:
-pour le plaisir
-par amour
-par amour de l'art
-en souvenir d'un défunt
-en souvenir d'un vivant
-pour mettre son corps en valeur
-pour affirmer une conviction, une croyance
-pour affirmer ses racines...

Sans compter les combinaisons et variations qui font la richesse de l'esprit humain, mais de grâce , évitez ces archétypes obsolètes ou déplacés. Et ne nous soumettez pas à ces dictats antédiluviens qui voudraient nous déposséder de nos enveloppes charnelles au profit d'illusoires déités... Notre corps nous appartient, libre à nous de le décorer si bon nous chante !

Un tatouage n'a aucune valeur morale intrinsèque, c'est juste un dessin sur la peau. lâchez nous un peu avec la morale à grand-papa !
Quand on pense que cet immonde torchon a servi de base au décret sur la règlementation du tatouage et du piercing en France, la nausée me monterait presque aux lèvres...

19 mars 2008

Prise de tête, suite....


Bon, je suis d'un naturel plutôt sympa, quand on est poli et gentil avec moi, je suis une pâte... mais quand on me prend à rebrousse poil, ça ce passe généralement moins bien (même si , l'âge aidant j'ai un peu plus de diplomatie) !

exemple 1 : cet après-midi une cliente à qui j'ai piqué 2 tigres, il y a 2 ans, un blanc et un roux (un normal , quoi) , passe au magasin et me demande gentiment si je peux lui passer le blanc au roux, parce qu'elle le trouve trop fade. La mon côté "bon gars" rentre en action, je lui passe son albinos à l'orange, et quand elle sort son chéquier pour payer, je lui fait mon plus beau sourire et lui offre la retouche. Aimable et commerçant...

exemple 2 : cet après midi, le client qui m'avait déjà pris la tête ( voir l'article "prise de tête") pour une micro retouche de l'ordre du quart de millimètre sur de tout petits caractères, au demeurant très proprement effectués, et à qui j'avais expliqué que compte tenu de la qualité médiocre des originaux fournis, et la taille des motifs, il n'y avait pas là lieu à retouche, me rappelle... alors que je pensais avoir correctement exposé mon point de vue et mon refus... pour me demander quand je comptais faire les retouches ! Et là, grosse erreur !
Au lieu de me demander gentiment si on pouvait quand-même y faire un petit quelque chose pour lui faire plaisir, ce que j'aurais accepté, ne serait-ce que pour avoir la paix; non, on monte sur ses grand chevaux, on vitupère : on est super pas content, les tatouage sont ratés (faux!), on ne sait même pas si on a envie de faire les retouches chez moi (de toute façon j'ai dit "non"), on va me faire de la mauvaise pub, et que si je n'aime pas mon métier je devrais en changer (LOL!!!) et blah blah blah (hystérique et menaçant)...
Voyant à quel type d'hystérique (je me répète!) j'avais affaire, j'ai donc raccroché au nez de l'importun juste avant de devenir grossier (ce que je sais très bien faire).

15 minutes plus tard je reçois le SMS suivant :
"la pub sera a la hauteur du professionnalisme, retombées garanties !!! C mon job... et moi je sais le faire".

Là on touche le fond! Alors si cette personne s'imagine qu'après ce genre de courageuse et infantile attaque téléphonique, je vais mettre un genoux à terre et donner cour à son fantasme de persécution ou à sa tentative d'extorsion d'agrandissement, c'est très, très mal me connaitre.

Que répondre à cela ? Vu la personne concernée, ça serait très facile de virer à l'attaque personnelle, à la raillerie (méritée) ou à la diatribe; mais j'ai déjà suffisamment perdu de temps avec cette pauvre créature, je n'ai même pas répondu au SMS. Juste dire que si cette personne travaille vraiment dans la communication , il faudrait qu'elle applique à sa vie personnelle les plus basiques règles de publicité : on obtient 100 fois plus avec un sourire qu'en faisant la gueule (en parlant de professionnalisme...) . En l'occurrence, sa retouche, avec moi, elle peut se brosser !

Elle aura au moins eu le mérite de faire marrer les clients du magasin auxquels j'ai fait lire son petit message mesquin.

Always look on the bright side of life !

15 mars 2008

Billevesée



Entendu dans un studio de tatouage, de la part du tenancier en réponse à une demande de dessin
:
"Je ne prépare pas de dessin, ça me fait perdre mon temps!"

Bon alors ? Tu piques à partir de quoi, génie? Le journal? Du papier peint?

LOL! XD! MDR!
Quant on sait que l'inventeur de cette merveilleuse phrase se prétend un cador du tatouage départemental alors que je passe la moitié de ma vie à recouvrir ses superbes prestations ratées... Pour ceux qui sont familiers avec mon blog, c'est aussi celui qui fait mousser ses 3 mois délais alors qu'il ne travaille que 2 ou 3 heures par jour... du grand n'importe quoi !

Dieu sait que je déteste me mêler du travail de certains que je peine à nommer "collègues", mais parfois quand médiocrité et stupidité se donnent la main, j'ai du mal à garder le silence.

Conseil habituel : si on vous répond ce type d'indignité quand vous demandez un dessin : FUYEZ!!!

Prise de tête....




La vie serait trop triste sans ces petites prises de têtes parfois quotidiennes qui rendent notre métier plus "piquant" !

Cette semaine j'en ai vu passer une que l'on ne m'avait jamais faite !

En résumé : on me demande de faire 3 mini tatouages à différents endroits du corps. On a pas beaucoup d'argent, donc je fais dans le social, pensant avoir droit à un minimum de reconnaissance, je fais un tout petit prix. On est d'accord, les originaux sont miteux mais j'arrive à en tirer quelque chose à piquer. Donc je pique : jusque là tout va bien, tout est carré. Lendemain, coup de fil, on me demande quand on peut attaquer des retouches : je tique un peu vu la taille des motifs et le souvenir que j'avais de la veille, mais bon , je dis de repasser cette semaine.

C'est là qu'on rigole !
On se pointe au magasin avec des agrandissements macro en A4 des motifs piqués (taille réelle piquée 8/9mm) et de me faire un flan, photo à l'appui pour un écart de inférieur au demi-millimètre entre les tatouages (correctement rentrés au demeurant) et un tracé vectoriel surimprimé sur les A4 (que je n'avais pas lors du tatouage).

Je rêve !!
Un tatoueur n'est pas une imprimante !
Autrement tout le monde se ferait tatouer par son PC!
Ensuite la qualité d'un tatouage est grandement fonction de la qualité du dessin d'origine : le tatoueur n'est pas devin ou télépathe : il tatoue ce qu'on lui présente, pas ce que l'on s'imagine qu'il va comprendre dans une base pourrie.
A moins que vu l'insistance du client à vouloir "rattraper" le tatouage par un plus gros, j'ai failli être victime d'une tentative d'extorsion d'un agrandissement gratuit... ça m'apprendra !

J'ai donc expliqué au client qui me tirait une gueule d'enterrement que je n'allait pas lui agrandir son tatouage gratuitement, et que quant à faire une correction à peine visible, de l'ordre du demi-millimètre sur un micro-tatouage, ben c'est un peu de la science fiction...

Bilan : en échange de ma gentillesse et de 3 tatouages très correctement piqués j'ai obtenu une tentative d'arnaque et une demi engueulade... Faudrait éviter de prendre les tatoueurs pour :
-a/ des périphériques PC.
-b/ des naïfs.
-c/ mère Térésa.

Qu'est-ce que je suis patient parfois, je m'étonne tout seul !

12 février 2008

Anesthésie


Anesthésie, que voilà un mot qui revient souvent à mes oreilles ! Un mot qui n'a rien à voir avec le monde du tatouage mais avec celui de la médecine... à juste raison.

Ce matin j'avais donné rendez-vous à un client pour lui faire des retouches. Jusque là rien de bien particulier, sauf que ce dernier, avec un petit sourire gêné, m'avoue au dernier moment avoir utilisé de la pommade anesthésiante, et là, je ne suis plus d'accord ! Je lui ai donc demandé d'attendre 1 heure que les effets du produit se dissipent avant de le piquer.

Car non, je ne tatoue pas une peau anesthésiée. Suis-je donc sadique ("lui, il va payer sa mère !"), ou réactionnaire ("le tatouage comme l'accouchement : dans la douleur !") ou juste chiant ?

Rien de tout cela, prenons le problème à la racine :

1/ Je suis tatoueur, pas médecin, je n'ai donc pas le droit de pratiquer une anesthésie (logique). Soit dit en passant la pommade la plus souvent utilisée dans ce type de cas n'est, en théorie, délivrée que sur ordonnance (du médecin, encore lui!), ce à quoi nombre de pharmaciens passent outre, par bienveillance ou juste par appât du gain. Comment suis-je supposé savoir, humble artisan encreur que je suis, les effets indésirables de tel ou tel médicament? et les allergies possibles de la part du client ?

2/ l'anesthésie endort la peau : c'est fait pour ! Ça ne dure que 20 à 30 minutes, donc de toute façon, largement insuffisant pour la plupart des tattoos (je le sais, je l'ai essayée quand je me suis fait faire le ventre -lol-). Maintenant un peau endormie prend moins bien l'encre, donc soit on prend plus de temps, soit on appuie plus; ce qui m'amène au point 3 :

3/ De nombreux tatouages avec chéloïdes (cicatrisation en relief) que j'ai eu l'occasion de croiser ont été réalisés sous anesthésie locale : facile, le client ne sent rien alors on bourrine , on brule, on découpe la peau ! Un tatoueur qui propose un coup de pommade anesthésiante avant de tatouer est plus probablement un charcutier qu'un artiste du métier, et un hors la loi qui plus est. Donc méfiance. Il est plus difficile de gérer les sensations et la résistance de son client et de s'adapter à son rythme, que de lui mettre un tartine de pommade et d'y aller comme une brute !

En résumé : un tatouage ce n'est pas ce que vous vivrez de plus douloureux dans votre longue et heureuse existence donc plutôt que mettre n'importe quoi sur votre peau pour aller voir un boucher, allez-y zen, relax, laissez-vous faire et ça passera tout seul.

28 janvier 2008

Notoriété

La plupart de ceux que le tatouage intéresse connaissent ce nom : Stéphane Chaudesaigues. C'est probablement, à juste titre, le tatoueur français le plus connu hors de nos frontières ; un peu au monde du tattoo ce que Bocuse est à celui de la gastronomie hexagonale.

Si demain Bocuse se fait poignarder, il est à peu près certain que le 20h de TF1 en fera son gros titre, au moins de la journée. Si en plus, celui qui tient le couteau est un représentant de l'état, je pense que la presse en ferait très certainement ses choux-gras et que notre très estimé président en parlerai dans le genre :" nous allons faire la lumière sur cette affaire et châtier sévèrement le coupable de l’agression...etc".

Sauf que ce n'est pas Bocuse, mais Chaudesaigues qui s'est fait larder... Mercredi 9 Janvier à Perpignan (tiens c'est chez moi !).

Et le silence des médias nationaux est, comme le veut l'expression consacrée, assourdissant.

L’enquête est en cours et les responsabilités encore à préciser, mais on m'a toujours appris que celui qui, dans une bagarre de rue, sort une arme, c'est lui le méchant. Pratiquer le noble art du pugilat sur la voie publique n'est pas, certes, un acte responsable, louable ou réfléchi ; mais tant qu'on en reste au poings les dégâts restent en général limités, et les conséquences juridiques rares.

Il semblerait que le joueur de couteau ait pris peur en voyant la carrure de M. Chaudesaigues et ait attrapé ce qui lui tombait sous la main pour se défendre... en l’occurrence un cran d'arrêt. Nombreux sont les français qui sur eux portent une lame : Opinel ou laguiole, cela fait partie de nos coutumes, "la b**e et le couteau" comme on dit chez nous. Mais que faisait un cran d’arrêt, arme réputée des blousons noirs et des marlous, dans le vide poche d'un fonctionnaire de haut rang ? Comment justifier de l'usage de cette arme au simple motif que votre adversaire est visiblement beaucoup plus fort que vous ? Si dans la boîte à gants de ce monsieur il y avait eu un 357, notre métier serait orphelin de l'un des ses plus fiers représentants ? Et ce serait normal ?

Quand votre adversaire est visiblement au dessus de votre catégorie, vous tentez la voie diplomatique ou le repli stratégique, pas la bombe nucléaire , surtout pour une banale algarade entre automobilistes.

Car la raison de cette altercation est loin d'être vitale et indispensable : un histoire de voitures, d'impatience et de place de parking. Non, M.Chaudesaigues n'a pas violé la femme de cet irascible fonctionnaire, cambriolé son domicile ou écrasé son chien... juste roulé un peu trop lentement au gout de son agresseur. Cela justifie t-il le comportement de ce dernier ? Un représentant de l'état de ce niveau qui affiche ce type de comportement est-il à sa place dans la fonction qu'il occupe ?

C'est désormais à la justice de le dire...
pendant que les médias cultivent leur silence.


http://www.stephanechaudesaigues.com