31 décembre 2009

Symboles (1) : Croix de Malte, croix de fer : contresens et réalité.





De l'Eisenkreuz à l' Iron cross

La croix de malte autrement appelée croix templière pattée ou croix de fer est un symbole récurent de la culture custom et par ricochet du tatouage, souvent mal compris des non initiés et considéré à tort comme un symbole fachisant.

Origine :

Beaucoup de médailles militaires occidentales sont des croix, Military cross (Grande Bretagne), Navy cross (USA), Croix de guerre (France) et la Eisenkreuz (Allemagne), entre autres. Le symbole de la croix militaire n'a stricto sensu aucune connotation politique, à part à considérer le contexte historique dans lequel il s'inscrit. La croix de Malte est aussi le symbole du secours catholique français. C'est un symbole plus que millénaire qui a été utilisé à peu près à toutes les sauces....

Disons le tout de suite : la croix de fer qui figure en bonne place parmi les symboles de la culture custom et tattoo est indubitablement à l'origine la Eisenkreuz du 3e Reich, mais sa valeur symbolique est totalement différente de celle que ses instigateurs avaient prévu (une récompense pour les meilleurs soldats du Reich).

Un peu d'histoire :

1945, fin de la seconde guerre mondiale, les GIs rentrent au bercail. Dans leurs valises, littéralement, des tonnes de souvenirs de guerre, armes, munitions, drapeaux et médailles, prélevées par les vainqueurs sur les vaincus. Parmis ces soldats démobilisés, des dizaines de milliers de mécaniciens qui, aillant exercé leurs talents durant la guerre sur les tanks, jeeps, bombardiers et autres machines infernales, vont tout naturellement adopter comme hobby à leur retour le "custom" : l'art de convertir leurs voitures et motos en véhicules uniques et rutilants reflets de leur personnalité et de leur vécu.


Et quels meilleurs éléments de décoration que tout ce bric-à-brac militaire ramené des ruines fumantes du Reich ? On va donc voir apparaitre des croix de fer un peu partout en décoration sur les moteurs ou les planches de bord des hot-rods ou sur le réservoir des harleys, quand les bikers ne portent pas carrément le casque lourd de la Wehrmacht en guise de casque de moto. On va même voir apparaitre des véhicules humoristiques reprenant ces symboles :


Ces dernières années des marques américaines comme West Coast Chopper en ont fait leur logo, en faisant un symbole -commercial- de rébellion et de liberté, très loin de la rigueur militaire originelle. Soit dit en passant WCC est la première marque de motos customs américaines à avoir utilisé des blacks dans ses publicités...

En conclusion :

Pas de panique : la Iron cross custom actuelle est loin, très loin, de toute implication politique fachisante, c'est depuis près de 70 ans l'un des symboles dominants de la contre culture américaine ; aujourd'hui, on trouve des croix de fer dans d'autres domaines, skate, FMX, Catch, Metal, Hip-hop...

16 septembre 2009

Physionomie et philosophie du Lapin



Qu'est-ce qu'un Lapin ?

Le lapin européen, aussi appelé Oryctolagus cuniculus (que du bonheur, merci wikipedia !) est une charmante béstiole appartenant à la famille des léporidés, qui passe sa vie à faire des trous dans les champs de légumes. Bon, jusque là, tout va bien ; mais dites moi, quel est le rapport avec le noble art du tatouage ? très bonne question, je me remercie de l'avoir posée à votre place.

La sale bête qui fait des trous dans les planning s'appelle aussi un lapin : de l'expression aussi triviale que meugnonne : "poser un lapin". Le lapin des emplois du temps ravage les plannings aussi efficacement que son confrère animalier les vastres contrées australiennes.

Chronologie.

10 heures du matin, frais comme un gardon, j'attends mon gentil client du matin pour lui faire un bô dessin sur l'epiderme.

10 heures 15, toujours pas de gentil client à l'horizon, je me dis que garer une voiture à Perpignan relève de l'épreuve olympique du lancer de piano, et que sous peu je vais le voir arriver rayonnant de l'envie primaire de se faire chatouiller la couenne...

10 heures 30, il est là, il me nargue, pas le gentil client, non, le LAPIN. depuis les profondeurs de mon planning, tel le requin des "dents de la mer", il surgit pour déchiqueter le pauvre rendez-vous innocent qui m'implore de ses grands yeux embués alors que l'impitoyable lagomorphe le déchiquète violamment.

10 heures 45, dépité, je repense à cet autre gentil client déçu de n'avoir pas pu saisir ce créneau déjà promis, hélas, à un autre. Et à tous les trucs que j'aurais pu faire durant ces longues minutes d'attente... genre travailler et gagner des sous, par exemple.

Déontologie.

La vie n'est pas un concept stable, les impromptus et les impondérables foisonnent (c'est joli comme phrase, non ?). Ceci étant dit, il est de bon ton de prévenir que l'on ne pourra pas assister à un rendez-vous, ou au pire de s'excuser après si l'on a pas eu l'occasion de la faire.

Cas extrême, un de mes client a perdu deux membres de sa famille dans un terrible accident automobile la veille d'un tatouage : bien-sûr notre rendez-vous est passé en absolue fin de liste des priorités de cette personne, et c'est tout à fait compréhensible. Il m'a posé un lapin et est venu s'en excuser 6 mois plus tard, et à la rigueur l'excuse n'était même pas nécessaire...

Maintenant, ne faisant pas pratique du tatouage à titre bénévole, et quand bien même le ferais-je, les pannes de réveil, les gueules de bois, les oublis et j'en passe sont des raisons pitoyables pour faillir à une parole donnée.

Comme le dit si bien l'un de mes très estimés collègues narbonnais : "Ils se font piquer 2 fois dans leur vie, et ils arrivent à oublier leur rendez-vous !".

Alternative

Il y a aussi les remords, les peurs et les changement d'avis, qui s'ils font partie de la nature humaine et sont souvent compréhensibles, voir acceptables, ne dispensent pas d'un petit E mail, histoire que l'on ait le temps de se retourner et de réorganiser sa journée. Le gros méchant tatoueur ne vas pas envoyer deux gros bras frapper à votre porte et vous trainer hurlant, implorant et suppliant, jusqu'au magasin pour vous y tatouer de force !!!

Pour en avoir discuté avec de amis coiffeurs, artisans et même médecins, il semblerait que le Lapin soit une espèce nuisible en pleine expansion... alors qu'il suffirait d'un peu de savoir-vivre et d'éducation pour la conduire à une disparition définitive.

Il faudrait juste remettre le mot "respect" à la mode, vaste tâche.

02 septembre 2009

Courrier des lecteurs....

On va dire que je ne suis qu'un gros râleur, ce qui n'est pas totalement dénué d'une légère approche d'une semi vérité hypothétique... Mais de temps à autre je reçois dans ma boite aux lettres virtuelle de petit bijoux de vécu tatouistique de je vais vous livrer le dernier exemple.

Pour éviter que l'on me casse les attributs de la gente masculine, j'ai étoilé les noms qui pourraient permettre à mes honorables concitoyens de reconnaitre mon adorable collègue ci-dessous dézingué ^^. Par souci de véracité sociologique, j'ai laissé le mail "brut de décoffrage", je trouve cela tellement plus rafraichissant !
Ze courrier en question, donc :

Kikou Steve, j'espere que tu vas bien ! ( C'est ****** celui a qui tu as tatoué un ****** magnifique sur le ****** y'a pas longtemps :) ) J'ai un petit truc a te demander. Hier je suis allé accompagner un pote qui voulait se faire tatouer et qui cherchait un tatoueur ( normal :) ). Bon je lui ai dit que moi j'avais fait le mien a dermagraphic et que c'était impec. Alors il me dit attends j'en ai repéré un sur l'avenue ******* ( c'est ******** je crois ). Alors on arrive: " bonjour ce serait pour se renseigner pour un tatouage" - le mec a la caisse dit attendez le tatoueur arrive.(...) Bon attends en regardant le tatoueur tatouer quelqun ( héhé ). Surprise il tatou clope au bec. Mouah degeulasse. Secondo quand il sort avec son haleine de gros fumeur avec des tatouages horribles sur lui on lui demande si il pouvait dessiner un croquis. MDR le mec dit non, vous avez des modeles dans des livres ici tenez. Alors on feuillete un peu et on remarque que ce sont tous les dessins trouvés en page1 de google MDR. C'est normal que ca existe ? Ya pas des normes normalement pour ca parceque cest franchement degeulasse rien que de fumer en tatouant ? Ah oui et j'oubliait la remarque du mec a l'acceuil quand on redemande si cest vraiment pas possible de faire un dessin : " Ben vous comprenez bien que si il devait faire un dessin pour chaques clients il mettrait 2heures a chaques fois et il gagnerait pas sa croute " ( mots pour mots MDR ) c'est quoi ca ? xD

Ah oui et j'oubliai de te sortir son argument de vente n°1 xD " De toutes facons, (...), ca fait plus de ** ans que je tatoue j'ai l'habitude, j'ai pas besoin de dessins moi ! " MDR xD ? ?


Voilà voilà....

Ah, je dois dire que c'est du grand art! Une compilation absolue de tous les vis de fabrication nécessaires à la mise au monde d'une véritable bousille en 3D... Je ne vais pas vous faire une analyse de cas et démonter pièce par pièce les éléments qui font de cette scènette le lieu propice à l'éclosion d'un drame burlesque, les plus assidus d'entre vous expliqueront aux autres, qui pourront se référer à cette mine de savoir qu'est devenu mon humble blog de tatouiste.

Ce qui me satisfait au plus haut point, ce n'est pas de pointer un doigt rageur en direction de quelque misérable et laborieux non-collègue, mais plutôt de remarquer l'éclosion d'un sens critique acéré ainsi que d'une demande plus documentée, donc intelligente, dans la clientèle de notre petit monde d'encres et d'aiguilles.

17 août 2009

L'autre pays du fromage...


Ah les petites anecdotes du joyeux monde du tattoo, que du bonheur !!

Pas plus tard que la semaine dernière, j'ai eu droit au dernier épisode en date d'une série à laquelle j'ai un peu de mal à accrocher :

"Allons gaiement nous faire tatouer en Thaïlande".


Cela fait déjà plusieurs fois que l'on me demande gentiment de faire des retouches sur des tatouages faits, généralement, à l'arrache, au feu royaume de Siam. Si je me fends aujourd'hui d'un petit billet d'humeur sur cet inquiétant phénomène, c'est suite à cette dernière remarque de ce dernier client...

Je m'explique : on me présente, toujours gentiment, une tête de christ super mal tatouée ( mauvais tracé, mauvais gris, regard de biais, etc ) en me demandant si je peux y rajouter une couronne d'épines. Jusque là rien de bien méchant, je me renseigne poliment sur l'auteur de cette pièce d'art contemporain, et l'on me répond "Je l'ai fait en Thaïlande".

Et là, déjà, je subodore le terrain miné. Bon, vu qu'à la base ce sont de bons clients de mon coiffeur, et que le boulot n'est pas bien sorcier, je sors le tarif plancher de base : 50E. Visiblement, ce n'est pas du gout de l'affligé de la bousille, qui me salue poliment et s'en retourne en compagnie de ses potes, non sans avoir dit, de loin mais assez fort pour que je l'entende :

"C'est n'importe quoi, c'est le prix que j'ai payé pour le tatouage entier en Thaïlande".

Alors là, entendons nous bien, l'aller-retour pour Bangkok, coûte au minimum dans les 500E, et la nuit d'hôtel dans les 50E ( en étant super pas regardant ), en considérant qu'on ne vas pas faire l'aller retour dans la journée ^^.

Donc en ce qui me concerne , ce tattoo hyper moche aura couté au minimum au gentilhomme concerné la bagatelle de 600E, soit deux ou trois fois plus cher que ce que je lui aurait pris pour la même pièce... sans la rater.

Alors la Thaïlande, nouvel Eldorado du tatouage ?

Si je me base sur les pièces passées sous mes aiguilles pour rattrapage, j'aurais tendance à modérer le propos, surtout si je prend en compte les commentaires les concernant genre : "

-J'étais complètement bourré, je l'ai fait à la sortie d'un bar en pleine nuit, et quand je me suis réveillé le matin j'avais absolument oublié que je m'étais fait tatouer, jusqu'à ce que la douleur me le rappelle (véridique).
-Je l'ai fait parce que tous mes potes s'étaient fait tatouer...
-Je l'ai fait, même si je n'était pas trop fan du motif, mais à ce prix là..." etc

Même s'il reste dans notre beau pays des tatoueurs peu scrupuleux qui vont vous tatouer dans des conditions identiques, je pense que la majorité des tatoueurs "modernes" de notre riante patrie ne le feraient pas. Il doit exister en Thaïlande de très bon tatoueurs, mais je crois qu'ils doivent être plus intéressés par la clientèle haut de gamme issue des 5 étoiles du coins que par les touristes pochetronnés à la recherche de Hard discounters du tattoo...

Et puis reste l'argument massue : et tes retouches, tu vas faire 9850 Kilomètres pour les faire ?

J'en rigole encore...

06 août 2009

Tatouage apparent.... ou pas ?



Ah, les grandes angoisses métaphysiques du petit monde du tatouage ! Être ou ne pas être - visible- telle est la question...

Bien, exemple numéro 1 : tu as 40 piges, tu es chef d'entreprise, indépendant, artisan, majeur et vacciné, tu veux te faire encrer un bras complet en bisounours de toutes les couleurs ? Vas-y, fonce !
Exemple numéro 2 : tu as 18 ans, tu finis de tripler ta terminale, ne sais pas vraiment ce que tu veux faire dans la vie, et tu voudrais te faire tatouer "Fuck le système" en caractères chinois dans le coup, en plein sur la jugulaire, bien visible ? Là, je dis "PAUSE"!! Think again !("réfléchis encore"... pour les non anglophones, si tant est qu'il y en ait encore sur la toile ^^)

Posons le décor.
Analyse : la société, en particulier la société française, fonctionne encore souvent selon des archétypes obsolètes, fruits d'un lourd héritage religieux, selon lesquels la modification corporelle définitive est un pêché (pas l'arbre, le truc pour vieux refoulé ). Faut-il rappeler que dans les principales religions survivant dans nos pourtant laïques contrées, le corps étant la propriété incessible et inaliénable d'une déité, et nous pauvres mortels n'en étant qu'humbles usufruitiers, sa modification est purement et simplement prohibée (j'aime bien faire des phrases avec des mots compliqués, si si, en plus ça veut vraiment dire ce que ça veut dire, promis!!).

Nichés bien au chaud dans l'inconscient collectif d'une grande partie de nos concitoyens, de nombreux préjugés, totalement infondés puisqu'avatars de préceptes religieux dépassés, continuent pépère leur sournois petit travail de discrimination.
En termes plus simples : aux yeux des grenouilles de bénitier et des ramollis du bulbe, le tattoo, c'est caca et celui qui le porte aussi, na !

De l'art subtil de la discrimination préjudiciable
Appliquons ce triste constat à nos 2 exemples :

Exemple 1 : même si tu peux te prendre de méchantes réflections de temps à autres de la part parfois de parfaits inconnus, ton magnifique tattoo n'aura pas d'influence majeure sur ton existence ; puisque grand garçon que tu es, tu peux te permettre de tendre, justement, le majeur bien haut à ces tartuffes micro gonadés. (qui ont de petits testicules, en français courant).

Exemple 2 : pauvre petite créature voguant sur les flots incertains de l'existence, tiens-tu à voir se fermer devant toi les portes de la félicitée salariale ? Car dès qu'un crétin abruti par ces préjugés croisera ton chemin ; moultes bâtons, ce gueux, dans tes roues s'empressera de mettre ! (oui, je parle Yoda couramment !)
Autrement dit : il est déjà difficile de trouver du travail par les temps qui courent, si en plus tu doit pourrir tes chances à cause d'un tatouage, c'est pas malin.

Parfois l'on me rétorque : "mais s'il est joli", ou bien "mais s'il est tout petit" : toujours non ! Ce qu'il faut comprendre, c'est que pour ceux qui considèrent le tatouage comme un outrage à leur propre vulgarité normalisée, peu importe la qualité du dessin, sa pertinence au vécu du porteur, ou la surface occupée : le jugement porte sur le concept même de tatouage et non sur son application.

Solution de l'épineux problème ?
Attendre que les grenades à fragmentation soient en vente libre, histoire de clairsemer les rangs de nos persécuteurs... (je rigole... ou pas ?)
Attendre que la lente ascension du QI moyen de notre société l'arrache des boues obscurantistes dans lesquelles il marine depuis le moyen age. Ceci combiné à la banalisation du tatouage engagée ces dernières décennies et sa reconnaissance grandissante en tant qu'art, devraient à terme faire évoluer les esprits...

Mais bon, Perpignan n'est pas San Diego, et le jour ou mon chargé de compte m'accueillera avec 2 full sleeves n'est pas proche (Pourtant ma banque sponsorise le maillot jaune, elle devrait aimer les gens qui se piquent ^^).

La meilleure solution reste de se faire tatouer, jeunes gens, sur des parties du corps rarement exposées au regard des autres en milieu professionnel... et c'est là que ça devient compliqué pour les maitres nageurs des clubs naturistes!

21 juillet 2009

Top 5 des tattoos les plus recouverts !!!



Dans la série des Top Five, très prisés sous ces températures estivales, voici le top 5 des tatouages les plus recouverts (par moi ^^) en commençant par la fin :

5/ Les tatouages "contextuels" : tattoos de taulard ou de service militaire, fait au bic ou à l'aiguille à coudre voire à la suie... Genre la petite hirondelle, mal faite, tapée à l'arrache après 4 heure de garde à vue ^^

4/ Les tattoos "de couple" : les initiales ou prénoms du / de la bien-aimé(e) qui ne l'est plus. Il m'est arrivé de recouvrir ce genre de tattoo 3 semaines après qu'il ait été encré...

3/ Les tatouages "politiques" : quand on est un peu extrème à 18 ans, à 30 ans on ne l'est souvent plus, alors, adieu "croix celtique", adieu "A" de anarchie et autres symboles anarcho-coco-facho-punko-biduliques...

2/ Les tatouages drôles" : les petits personnages rigolos, qui ne font plus rire 10 ans plus tard : Betty Boop, Taz, Titi et le diablotin Harvey ( le diablotin classique, dessiné par le créateur de Casper le fantôme).

1/ Enfin le grand gagnant du concours et souvent le plus difficile à recouvrir :
le tribal noir !!!
(comme c'est étrange ^^)
Surtout ceux datant de 10 ou 15 ans qui ont super mal vieillis, avec de grosses boursouflures (chéloïdes) bien chiantes à gérer.

Bien sûr je pourrais aussi ajouter les tatouages "pas cher", genre, on choisi le tatoueur le moins cher de la ville parce qu'il massacre les tatouages en même temps que les prix, mais c'est probablement la catégorie de tattoos ratés pour laquelle j'ai le moins de "tendresse", car motivés non pas par une considération humaine positive, l'amour, l'engagement, l'esthétique ; mais par l'avarice, vice très peu compatible avec la réussite d'un tattoo .

22 juin 2009

Qu'est-ce qu'un tatouage réussi ?


La question essentielle, qui peut sembler simple et pourtant comporte un important nombre d'éléments d'appréciation et d'angles d'approche.

La première réponse qui me vient immédiatement à l'esprit est :

"Quand celui qui le porte en est satisfait."

Cela peut sembler l'évidence même, cependant je ne pense pas que cela soit aussi simple.

J'en ai déjà parlé dans un autre post ( faux-cuisme-diplomatique ), mais le simple fait d'être tatoueur veut dire que, où que vous alliez, diners, soirées, barbecue (...), l'on va vous coller sous le nez la moindre particule d'encre orbitant à moins de 50 mètres de votre verre de rosé-fraise. Quelques années de pratique au compteur et une profonde envie que l'on cesse de me casser les C******S, m'ont fait réfléchir à la réponse à apporter à ce genre de requête.

En effet si le gars est fier de sa drouille (ou bouse ou bousille selon les cas ), la meilleure option reste probablement de le laisser vivre sur son petit nuage, même si une logique bassement commerciale pourrait me conduire à lui faire remarquer la laideur de son "truc" afin de lui repasser une couche de peinture....

Franchise quand tu nous tiens !

Mais bon, parfois, venant des tripes, se hissent vers ma bouche les mots assassins qui vont faire choir le pauvre barbouillé de sa bulle de bonheur et de fierté dermographique. Parfois l’abomination est telle que la vérité semble difficile à faire rentrer dans sa niche. Et là, le regard étonné, l'on me répond : " ben non, il est bien mon tattoo, tout le monde dit qu'il est super beau...". Argh!

Alors, méthode Coué : à force de se convaincre qu'un tattoo est beau, le devient-il ? Ou alors ignorance des méthodes de tatouage moderne : "c'est dingue, quand on pense que ça à été fait avec une aiguille plantée dans un bouchon, wow !". Manque de culture, d'information, de gout ?

Car par delà les subjectivités inhérentes au tatoueur et à sa victime, il faut bien reconnaitre qu' il devrait exister un certain nombre de critères relativement objectifs de réussite d'un tattoo. Et pourtant...

Des apprentis sorciers

Il n'y a pas très longtemps, a été diffusé sur France4, un documentaire sur ce que l'on appelle communément les modifications corporelles (terme tiroir qui regroupe des choses aussi radicalement antithétiques que le tatouage et le piercing). Au milieu de cette sympathique tranche de vie télévisuelle passe une séquence sur quelques abrutis qui se tatouent au fond d'une cave, sur un canapé sale, avec du matériel bidouillé version prison, des non-motifs dégueulasses... Bref un cauchemar de non-hygiène et de non-professionnalisme absolu. Qu'est-ce, pour eux, qu'un tatouage réussi ? Une série de pointillés hideusement mal exécutés dans des conditions atroces ?

Et les pros ?

A l'autre extrémité du spectre, je me souviens de doctes conversations entre professionnels, sur le tracé et la trame, qui vouaient aux gémonies de très jolies pièces dont la facture technique n'était pas irréprochable , et encensaient des pièces assez laides mais techniquement parfaites... Scolastique que tout cela ! Dans le milieu du tattoo, j'ai parfois l'impression que survivent des problématiques plastiques qui ont disparu depuis le début du 20e siècle des autres arts graphiques. Car en effet, ce qui donne à un dessin son intérêt intrinsèque c'est la "patte" de celui qui le réalise, que se soit une sanguine, une huile ou un tatouage...

Du pinceau et de l'artiste

Le dermographe n'est, à tort, souvent considéré que comme un instrument d'exécution, alors qu'il peut être un fabuleux outil de création doté de caractéristiques propres et originales. Il trouve alors toute sa dimension, surtout en freehand !

Donc, voilà : un tatouage est réussi quand celui qui le juge le trouve réussi.... le seul avis réellement pertinent restant celui du propriétaire de la peau ^^.

16 mars 2009

Styles (4) : Le memorial




Il existe des milliers de raisons de se faire un tatouage, beaucoup sont légitimes, certaines le sont objectivement moins (être à la mode, gagner un pari, imiter une star...). Il y a une catégorie de tattoo qui reste indubitablement l'une des plus sincères , authentique et justifiée : le mémorial.

Nom de nom !

Je déconseille généralement le tatouage nominatif : les époux, femmes et petites amies changent, souvent avant que l'on ne s'y attende, mais la peau demeure. Idem pour les noms d'artistes ou de groupes, les goûts évoluent avec le temps et le gros "AC-DC" de vos 18 ans ne correspondra pas forcément à votre image de cadre bancaire quadragénaire.

Se faire tatouer le nom des ses parents, ascendants ou descendants, est déjà affaire plus raisonnable, il est dans la nature des choses que les liens du sang soient généralement inaltérables, ce qui convient mieux à la pérennité du tatouage.

Rest in Peace...

Une dernière catégorie de tatouage nominatif reste à aborder, et c'est le mémorial. Tatouage d'anthologie s'il en est, le mémorial nous revient d'outre-Atlantique après avoir presque disparu de nos riantes contrées. Forme d'hommage ou devoir de mémoire, se faire tatouer le nom d'un cher disparu est une façon de faire son deuil fort honorable et de marquer le coup.

Le mémorial peut prendre une multitude de formes, du plus évident (Nom + date de décès), au plus élaboré (sacré cœur / ange / hirondelle...), en passant par les classiques (R.I.P.) et même si sa vocation première n'est pas forcément esthétique, un joli dessin reste un plus appréciable. Le Oldschool est un style de référence pour ce genre, son côté sobre et classique cadrant bien avec la solennité du message.

Noir c'est noir...

Le mémorial peut aussi être plus indirect, en représentant un attribut du défunt, ou ses affinités. Ainsi j'ai déjà effectué des tatouages de ce type à base de pièces mécaniques, pour un motard, ou à base de certains types de fleur qu'aimait une défunte...

Ce n'est pas le tatouage le plus évident à faire, tant la charge émotionnelle est souvent forte. Même ne connaissant pas le disparu, voir un père venir quelques jours après l'accident se faire tatouer le nom de son fils, est un moment difficile pour moi, sans que cela ait la moindre commune mesure avec le deuil de sa famille, bien-sûr, mais le soir en rentrant à la maison, je dois dire que j'ai souvent le blues...

Le plus difficile étant quand le défunt et le tatoué font partie de mes connaissances, sans faire de sentimentalisme, ou de psychologie de supermarché, j'essaye d'aider, dans la mesure de mes talents graphiques, ces clients un peu particuliers à surmonter leur chagrin.

11 février 2009

Influences (3) : Les media


Dans ce petit billet d'humeur, je ne vais pas aborder une influence directe ou le travail d'un artiste mais plus un demi-problème auquel nous autres tatoueurs sommes régulièrement confrontés : le tatouage "médiatique".

Demi-problème car, pour évacuer la partie positive de cette influence, je dois reconnaitre que les media sont un facteur d'intégration sociale du tatouage, de vulgarisation - au sens propre - et de démocratisation de notre art.

Cela dit, combien de fois m'a-t-on demandé, qui le Triple X de Vin Diesel dans le film éponyme, qui le tribal de Georges Clooney dans "Une nuit en enfer", qui le olds school du mannequin de la pub Gaultier "Le mâle"... et ça c'est juste pour les messieurs. La gente féminine surveille de près les tattoos des mesdames Angelina Jolie (le tibétain), Nicole Ritchie (Le chapelet) et j'en passe et des meilleures...

Nous avons donc 2 types de tatouages médiatiques les faux (dans les films, les pubs) et les vrais, ceux des "people" (gros guillemets très ironiques).

Commençons par rappeler qu'un tatouage doit être une création : copier un motif bêtement récupéré dans les média (presse, internet...) est rarement un bon choix dans la mesure ou l'on risque de voir pleins de clones de son dessin l'été à la plage... et c'est là le moins grave des risques.



A/ Les faux
A la fin du tournage de "Triple X" Vin diesel a été très content de retrouver sa peau de bébé (musclé) dans l'état d'origine et pas obligé de vivre le reste de sa vie avec un marquage de film pour adulte bien en évidence sur la nuque. Même chose pour ce cher George "what else" Clooney, qui n'aurait probablement jamais touché 2 millions d'Euros pour tourner les classieuses pubs Nespresso avec un gros tribal - horrible - dépassant de sa chemise ! Ne parlons pas d'"American History X" ou de "Prison break"...

N'oubliez jamais que du cinéma, ben, c'est du toc, de l'illusion et que les 3 X de Diesel sur un gros dur baraqué dans un film, c'est assez respectable, et il ne les garde pas après le tournage ; mais en définitif, sur un petit gros boutonneux, dans la réalité, c'est tout simplement ridicule...



B/ Les Vrais
Angelina, Nicole, Johnny; tous ces gens qui encombrent les pages scandale de ces journeaux que "personne" ne lit -mon oeil - ont eu la bonne idée de se faire encrer des (pas toujours) jolis tatouages. Donc, dans la foule emerveillée, naissent des vocations de suiveurs : ce qui est une très mauvaise façon d'envisager le tatouage. Une fois, quelqu'un m'a présenté la page arrachée d'un magasine pornographique en me demandant le même tattoo que le monsieur sur la photo (qui n'avait plus rien à cacher). Argh !

Mauvaise idée, très mauvaise idée. Je ne pense pas que vous croisiez Angelina Jolie à Canet-plage cet été ; mais si cela devait arriver, par le plus grand des malheurs, vous ne voudriez pas que sa première réaction soit : " Mais, il m'a copié ce C*n !"
... dommage !

En conclusion...

Je ne saurais trop le répéter, un tatouage est un acte personnel, motivé par des raisons personnelles aboutissant à une création unique et personnelle. Jai eu le cas récemment d'un jeune homme fort inspiré par la pub Gaultier ; et bien, on a analysé ce qui lui plaisait dans le visuel et je lui ai créé un motif clairement inspiré par Jean-Paul (pas "2" , l'autre ^^ ) mais entièrement nouveau et original :

s'inspirer oui, copier non !

04 février 2009

Styles (3) : Le New School


Dans un article précédent j'abordais le grand père de tous les styles actuels, le Old School, aujourd'hui je vais vous parler de son pendant actuel : le New School.


Le tatouage News School est pour moi la plus pure expression du bonheur de tatouer : grosse couleur, gros tracé, formes exagérées, thèmes libres.... ben le pied absolu, quoi !!!

Grosso modo, on pourrait dire que le NS est principalement un trip de graphiste inspiré de la scène artistique américaine underground des années 90 à nos jours : les logos de marques de Skate, HxC, BMX, le graph, le tag... tous les motifs dotés de couleurs criardes, au traitement dynamique, distordu, perspectives outrées et liberté thématique absolue.



L'avantage du NS c'est qu'on peut le marier à toutes les sauces, reprendre des thématiques old school, par exemple, et leur donner un coup de jeune en modifiant les couleurs, en accentuant les tracés ; on peut faire des sacrés coeurs ou des ancres de marine New school du plus bel effet. On peut aussi reprendre des thèmes classiques du tattoo japonais et les faire passer au XXIe Siècle !

Pour un tatoueur connaissant bien son répertoire, c'est aussi l'occasion de faire du freestyle super dynamique et de proposer des pièces à la fois hyper personnalisées et très colorées.


La couleur n'est pas non plus une obligation... mais on peut toujours y revenir plus tard ^^.