22 juin 2009

Qu'est-ce qu'un tatouage réussi ?


La question essentielle, qui peut sembler simple et pourtant comporte un important nombre d'éléments d'appréciation et d'angles d'approche.

La première réponse qui me vient immédiatement à l'esprit est :

"Quand celui qui le porte en est satisfait."

Cela peut sembler l'évidence même, cependant je ne pense pas que cela soit aussi simple.

J'en ai déjà parlé dans un autre post ( faux-cuisme-diplomatique ), mais le simple fait d'être tatoueur veut dire que, où que vous alliez, diners, soirées, barbecue (...), l'on va vous coller sous le nez la moindre particule d'encre orbitant à moins de 50 mètres de votre verre de rosé-fraise. Quelques années de pratique au compteur et une profonde envie que l'on cesse de me casser les C******S, m'ont fait réfléchir à la réponse à apporter à ce genre de requête.

En effet si le gars est fier de sa drouille (ou bouse ou bousille selon les cas ), la meilleure option reste probablement de le laisser vivre sur son petit nuage, même si une logique bassement commerciale pourrait me conduire à lui faire remarquer la laideur de son "truc" afin de lui repasser une couche de peinture....

Franchise quand tu nous tiens !

Mais bon, parfois, venant des tripes, se hissent vers ma bouche les mots assassins qui vont faire choir le pauvre barbouillé de sa bulle de bonheur et de fierté dermographique. Parfois l’abomination est telle que la vérité semble difficile à faire rentrer dans sa niche. Et là, le regard étonné, l'on me répond : " ben non, il est bien mon tattoo, tout le monde dit qu'il est super beau...". Argh!

Alors, méthode Coué : à force de se convaincre qu'un tattoo est beau, le devient-il ? Ou alors ignorance des méthodes de tatouage moderne : "c'est dingue, quand on pense que ça à été fait avec une aiguille plantée dans un bouchon, wow !". Manque de culture, d'information, de gout ?

Car par delà les subjectivités inhérentes au tatoueur et à sa victime, il faut bien reconnaitre qu' il devrait exister un certain nombre de critères relativement objectifs de réussite d'un tattoo. Et pourtant...

Des apprentis sorciers

Il n'y a pas très longtemps, a été diffusé sur France4, un documentaire sur ce que l'on appelle communément les modifications corporelles (terme tiroir qui regroupe des choses aussi radicalement antithétiques que le tatouage et le piercing). Au milieu de cette sympathique tranche de vie télévisuelle passe une séquence sur quelques abrutis qui se tatouent au fond d'une cave, sur un canapé sale, avec du matériel bidouillé version prison, des non-motifs dégueulasses... Bref un cauchemar de non-hygiène et de non-professionnalisme absolu. Qu'est-ce, pour eux, qu'un tatouage réussi ? Une série de pointillés hideusement mal exécutés dans des conditions atroces ?

Et les pros ?

A l'autre extrémité du spectre, je me souviens de doctes conversations entre professionnels, sur le tracé et la trame, qui vouaient aux gémonies de très jolies pièces dont la facture technique n'était pas irréprochable , et encensaient des pièces assez laides mais techniquement parfaites... Scolastique que tout cela ! Dans le milieu du tattoo, j'ai parfois l'impression que survivent des problématiques plastiques qui ont disparu depuis le début du 20e siècle des autres arts graphiques. Car en effet, ce qui donne à un dessin son intérêt intrinsèque c'est la "patte" de celui qui le réalise, que se soit une sanguine, une huile ou un tatouage...

Du pinceau et de l'artiste

Le dermographe n'est, à tort, souvent considéré que comme un instrument d'exécution, alors qu'il peut être un fabuleux outil de création doté de caractéristiques propres et originales. Il trouve alors toute sa dimension, surtout en freehand !

Donc, voilà : un tatouage est réussi quand celui qui le juge le trouve réussi.... le seul avis réellement pertinent restant celui du propriétaire de la peau ^^.