17 août 2009

L'autre pays du fromage...


Ah les petites anecdotes du joyeux monde du tattoo, que du bonheur !!

Pas plus tard que la semaine dernière, j'ai eu droit au dernier épisode en date d'une série à laquelle j'ai un peu de mal à accrocher :

"Allons gaiement nous faire tatouer en Thaïlande".


Cela fait déjà plusieurs fois que l'on me demande gentiment de faire des retouches sur des tatouages faits, généralement, à l'arrache, au feu royaume de Siam. Si je me fends aujourd'hui d'un petit billet d'humeur sur cet inquiétant phénomène, c'est suite à cette dernière remarque de ce dernier client...

Je m'explique : on me présente, toujours gentiment, une tête de christ super mal tatouée ( mauvais tracé, mauvais gris, regard de biais, etc ) en me demandant si je peux y rajouter une couronne d'épines. Jusque là rien de bien méchant, je me renseigne poliment sur l'auteur de cette pièce d'art contemporain, et l'on me répond "Je l'ai fait en Thaïlande".

Et là, déjà, je subodore le terrain miné. Bon, vu qu'à la base ce sont de bons clients de mon coiffeur, et que le boulot n'est pas bien sorcier, je sors le tarif plancher de base : 50E. Visiblement, ce n'est pas du gout de l'affligé de la bousille, qui me salue poliment et s'en retourne en compagnie de ses potes, non sans avoir dit, de loin mais assez fort pour que je l'entende :

"C'est n'importe quoi, c'est le prix que j'ai payé pour le tatouage entier en Thaïlande".

Alors là, entendons nous bien, l'aller-retour pour Bangkok, coûte au minimum dans les 500E, et la nuit d'hôtel dans les 50E ( en étant super pas regardant ), en considérant qu'on ne vas pas faire l'aller retour dans la journée ^^.

Donc en ce qui me concerne , ce tattoo hyper moche aura couté au minimum au gentilhomme concerné la bagatelle de 600E, soit deux ou trois fois plus cher que ce que je lui aurait pris pour la même pièce... sans la rater.

Alors la Thaïlande, nouvel Eldorado du tatouage ?

Si je me base sur les pièces passées sous mes aiguilles pour rattrapage, j'aurais tendance à modérer le propos, surtout si je prend en compte les commentaires les concernant genre : "

-J'étais complètement bourré, je l'ai fait à la sortie d'un bar en pleine nuit, et quand je me suis réveillé le matin j'avais absolument oublié que je m'étais fait tatouer, jusqu'à ce que la douleur me le rappelle (véridique).
-Je l'ai fait parce que tous mes potes s'étaient fait tatouer...
-Je l'ai fait, même si je n'était pas trop fan du motif, mais à ce prix là..." etc

Même s'il reste dans notre beau pays des tatoueurs peu scrupuleux qui vont vous tatouer dans des conditions identiques, je pense que la majorité des tatoueurs "modernes" de notre riante patrie ne le feraient pas. Il doit exister en Thaïlande de très bon tatoueurs, mais je crois qu'ils doivent être plus intéressés par la clientèle haut de gamme issue des 5 étoiles du coins que par les touristes pochetronnés à la recherche de Hard discounters du tattoo...

Et puis reste l'argument massue : et tes retouches, tu vas faire 9850 Kilomètres pour les faire ?

J'en rigole encore...

06 août 2009

Tatouage apparent.... ou pas ?



Ah, les grandes angoisses métaphysiques du petit monde du tatouage ! Être ou ne pas être - visible- telle est la question...

Bien, exemple numéro 1 : tu as 40 piges, tu es chef d'entreprise, indépendant, artisan, majeur et vacciné, tu veux te faire encrer un bras complet en bisounours de toutes les couleurs ? Vas-y, fonce !
Exemple numéro 2 : tu as 18 ans, tu finis de tripler ta terminale, ne sais pas vraiment ce que tu veux faire dans la vie, et tu voudrais te faire tatouer "Fuck le système" en caractères chinois dans le coup, en plein sur la jugulaire, bien visible ? Là, je dis "PAUSE"!! Think again !("réfléchis encore"... pour les non anglophones, si tant est qu'il y en ait encore sur la toile ^^)

Posons le décor.
Analyse : la société, en particulier la société française, fonctionne encore souvent selon des archétypes obsolètes, fruits d'un lourd héritage religieux, selon lesquels la modification corporelle définitive est un pêché (pas l'arbre, le truc pour vieux refoulé ). Faut-il rappeler que dans les principales religions survivant dans nos pourtant laïques contrées, le corps étant la propriété incessible et inaliénable d'une déité, et nous pauvres mortels n'en étant qu'humbles usufruitiers, sa modification est purement et simplement prohibée (j'aime bien faire des phrases avec des mots compliqués, si si, en plus ça veut vraiment dire ce que ça veut dire, promis!!).

Nichés bien au chaud dans l'inconscient collectif d'une grande partie de nos concitoyens, de nombreux préjugés, totalement infondés puisqu'avatars de préceptes religieux dépassés, continuent pépère leur sournois petit travail de discrimination.
En termes plus simples : aux yeux des grenouilles de bénitier et des ramollis du bulbe, le tattoo, c'est caca et celui qui le porte aussi, na !

De l'art subtil de la discrimination préjudiciable
Appliquons ce triste constat à nos 2 exemples :

Exemple 1 : même si tu peux te prendre de méchantes réflections de temps à autres de la part parfois de parfaits inconnus, ton magnifique tattoo n'aura pas d'influence majeure sur ton existence ; puisque grand garçon que tu es, tu peux te permettre de tendre, justement, le majeur bien haut à ces tartuffes micro gonadés. (qui ont de petits testicules, en français courant).

Exemple 2 : pauvre petite créature voguant sur les flots incertains de l'existence, tiens-tu à voir se fermer devant toi les portes de la félicitée salariale ? Car dès qu'un crétin abruti par ces préjugés croisera ton chemin ; moultes bâtons, ce gueux, dans tes roues s'empressera de mettre ! (oui, je parle Yoda couramment !)
Autrement dit : il est déjà difficile de trouver du travail par les temps qui courent, si en plus tu doit pourrir tes chances à cause d'un tatouage, c'est pas malin.

Parfois l'on me rétorque : "mais s'il est joli", ou bien "mais s'il est tout petit" : toujours non ! Ce qu'il faut comprendre, c'est que pour ceux qui considèrent le tatouage comme un outrage à leur propre vulgarité normalisée, peu importe la qualité du dessin, sa pertinence au vécu du porteur, ou la surface occupée : le jugement porte sur le concept même de tatouage et non sur son application.

Solution de l'épineux problème ?
Attendre que les grenades à fragmentation soient en vente libre, histoire de clairsemer les rangs de nos persécuteurs... (je rigole... ou pas ?)
Attendre que la lente ascension du QI moyen de notre société l'arrache des boues obscurantistes dans lesquelles il marine depuis le moyen age. Ceci combiné à la banalisation du tatouage engagée ces dernières décennies et sa reconnaissance grandissante en tant qu'art, devraient à terme faire évoluer les esprits...

Mais bon, Perpignan n'est pas San Diego, et le jour ou mon chargé de compte m'accueillera avec 2 full sleeves n'est pas proche (Pourtant ma banque sponsorise le maillot jaune, elle devrait aimer les gens qui se piquent ^^).

La meilleure solution reste de se faire tatouer, jeunes gens, sur des parties du corps rarement exposées au regard des autres en milieu professionnel... et c'est là que ça devient compliqué pour les maitres nageurs des clubs naturistes!