30 janvier 2010

Noir noir... ou noir pas noir ?



Dans la série "les questions les plus posées" voici un chef-d'œuvre du genre :

Vous utilisez du noir... noir ?

Bien, bien, bien : voilà qui requiert une petite explication. L'encre noire que la plupart des tatoueurs professionnels utilisent est vendue comme étant noire. Jusque là, rien de surprenant. Il faut savoir que le noir absolu, 100% black, ne se rencontre pas souvent ni dans la nature ni dans dans la chimie, on trouve des noirs à 95% et des brouettes et tous orientés dans une direction du cercle chromatique; autrement dit, noir bleuté, verdâtre, marron...


 Le cercle chromatique, cauchemar des étudiants en 1ére année Beaux arts :
essayez de le refaire à la gouache, pour voir...


Donc, si l'on se base sur le cercle chromatique ci-dessus, on peut considérer que la plupart des encres noires se situent entre le 2e cercle en partant du centre et le centre.

Ceci étant posé, après avoir parlé "peinture", nous allons aborder la "toile", autrement dit la peau (mais vous aviez déjà compris, mes lecteurs sont généralement super intelligents ^^).

La toile !

Le tatouage par effraction cutanée, terminologie légale, implique l'introduction de pigments dans la peau en n'en franchissant que les épaisseurs caduques, pour les déposer sur la surface pérenne. Autrement dit le pigment se retrouve pris entre 2 épaisseurs de tissus, puisque lors de la cicatrisation, la peau se reforme par dessus lui.

La couleur perçue est donc liée à 2 facteurs supplémentaires : la couleur de fond de la peau et le filtrage lié à l'épaisseur de peau le séparant de l'extérieur. La surface de pigment n'étant pas, stricto-sensu, opaque, la couleur perçue est une addition de celle-ci et de la pigmentation naturelle du derme. Ensuite cet ensemble est filtré et atténué par les couches de peau externes donnant la couleur résultante finalement perçue. Ce qui explique aussi que les couleurs d'un tatouage soient plus vives après une douche, par exemple.



Si on ajoute à cela le contraste entre la peau à la périphérie du tatouage et ce dernier, on obtient encore une variable de perception : un noir semblera "plus" noir sur une peau blanche que sur une peau mate ou foncée.

Dernier facteur de perception : le type d'éclairage. La plupart de lumières sont colorées ; bleuté/vert pour les néons, jaune/orangé pour les lampes à incandescence...

Tout cela explique pourquoi, à technique, encre et motif équivalent, un noir sera perçu différemment sur deux personnes différentes. Je parle ici du noir, mais cela vaut pour toutes les couleurs utilisées en tatouage.

Avec le temps...

Reste ensuite à aborder les évolutions contextuelles et idiosyncratiques (j'aime les mots compliqués...). La peau est un matériau vivant - enfin dans la plupart des cas -, ce qui signifie qu'elle va évoluer en fonction du vieillissement et de facteurs externes comme l'exposition au soleil. Nous devrions protéger notre peau à chaque exposition au soleil, tatouage ou pas; mais avec un tatouage c'est encore plus nécessaire : les UV sont un facteur de décoloration du pigment, donc, une personne qui passe sa vie à l'ombre, genre moi, va conserver de fraiches couleurs toute sa vie, alors qu'un estivant forcené de la bronzette va voir ses tatouages s'atténuer en fonction de la durée et de l'intensité de ses expositions à l'astre de jour. En schématisant, on pourrait comparer cela à un traitement au laser en beaucoup plus lent.

Et on se demande encore pourquoi je HAIS la plage...

27 janvier 2010

Miami ink, LA ink, London ink : quand la télé passe à l'encre.


le Staff de LA ink

Véritable phénomène médiatique de l'autre côté de l'Atlantique, les séries "Ink" font un véritable carton depuis 2005. Et comme tout ce qui arrive aux States finit un jour ou l'autre par nous tomber sur le coin de la face (j'aurais pu dire "gueule" mais ça fait vulgaire...^^), v'la t'y donc pas, que ça débarque cheu nou-z-aut'.

Alors, oui, c'est très bien que l'on consacre du temps d'antenne à autre chose que rendre le consommateur disponible à l'achat de boissons gazeuses, et c'est encore mieux quand ça parle de tatouage, mais bon...

Télé-réalité n'est pas réalité...

Dire que la télé est un miroir déformant est une banalité, mais quand on parle de télé-réalité, il ne faut jamais perdre de vue le paradoxe inhérent au concept : c'est tout sauf de la "réalité".
Ces émissions, quand elles traitent du tattoo, nous montrent en général du travail de bonne qualité, cependant du fait de la scénarisation et du montage de chaque épisode, il faudrait indiquer que de très nombreux raccourcis sont utilisés pour dynamiser la mise en scène qui peuvent induire un public non averti en erreur :

a/ Un tatouage d'une certaine taille peut prendre des mois à être réalisé, parfois même des mois à être préparé et retravaillé, et non pas quelques minutes..

b/ Ces séries évitent prudemment de parler des tarifs pratiqués dans ces studios, ce qui donne une fausse impression de "gratuité" ou de pas-chèreté" (^^)... dieu, que cela est trompeur !

c/ Le contexte américain est beaucoup plus favorable aux tatouages visibles, contrairement à notre bon vieil hexagone : là-bas il est courant de se balader avec un bras complet ou une grosse pièce bien apparente, pas ici !

Tout n'est pas noir...

Le côté positif des choses, c'est que l'on commence à voir émerger une véritable culture tatouage et que le grand public et la ménagère de moins de 50ans s'aperçoivent progressivement qu'il existe autre chose que les bousilles à grand papa.... et deviennent plus exigeants et plus connaisseurs.