01 mai 2011

Les conseilleurs, aimables ennemis...


"Les conseilleurs ne sont pas les payeurs."

   Ainsi parle la sagesse populaire, les conseilleurs ne sont pas non plus, ni les tatoueurs, ni les tatoués...
Un tatouage est un acte privé, intime ; c'est une rencontre entre une personne et un artiste/artisan. C'est de ce binôme que doit naitre l'œuvre, aussi simple soit-elle. Sauf quand intervient le conseilleur : ami, parent , conjoint, c'est un parasite de cette relation, une perturbation et parfois un obstacle.


"Tout conseilleur vit au dépend de celui qui l'écoute."

   Entendons-nous bien, se renseigner et prendre des avis est une démarche souvent nécessaire, voire indispensable, surtout lorsque l'on aborde le monde du tatouage pour la première fois. Le meilleur conseil restant généralement celui d'un "professionnel de la profession". Bien-sûr l'avis de tel ou tel proche peut permettre de faire mûrir un projet, ou déboucher sur une idée neuve que l'on aurait pas eu soit-même. Mais, in fine, le seul avis ayant une absolue validité est celui de la personne qui va porter le tattoo. Point barre ? Pas si simple...


Conseiller n'est pas jouer

   Car parfois s'incruste dans ce processus simple un troisième larron : le conseilleur. Combien de fois ais-je dû faire des efforts titanesque pour garder mon sang froid face à une personne inopportunément prolixe dont visiblement la seule mission en ce bas-monde était de brouiller une session. Genre, au moment ou tout est bouclé, le motif choisi, le rendez-vous posé, le tarif fixé, bref l'affaire dans le sac, et là le judas de service qui sort : "oui mais...tu es vraiment sûre,..." ou "oui mais...moi j'aurais fait,...".


Anatomie du conseilleur
    Conseillage sympathique : le conseilleur se contente de semer un léger doute dans l'esprit du futur tatoué, généralement de bonne foi, il cherche juste à s'assurer que ce dernier aura la meilleure prestation possible. Il faut juste rassurer le conseilleur avant le tatoué, on perd un peu de temps mais pour la bonne cause, ce sont souvent des amis ou de la famille proche. Donc pas grave : ça fait partie du jeu.


    Conseillage égocentrique : le conseilleur veut que le futur tatoué se fasse tatouer ce que lui aimerait se faire faire, ou ce que lui voudrait voir l'autre porter : généralement le conjoint. Très très chiant, car il ignore totalement la volonté du tatoué, pour le contrecarrer tout dépend de son degré d'emprise sur lui. Il peut même faire capoter un  tatouage si l'on ne respecte pas sa volonté (déjà vu !!!). On en arriverait presque a stopper net le projet car le tatoué risque de finir avec un tatouage qu'il n'a pas voulu. N'oublions jamais que "les conjoints passent et les tatouages restent" !


    Conseilleur mythomane : le conseilleur qui connait mieux le métier de tatoueur que le professionnel qu'il a en face de lui. Alors, sauf le jour où un client me ramènera Paul Booth ou Stéphane Chaudesaigues, j'ai souvent envie de rabattre le caquet de l'impudent dont l'influence s'étend aussi post-tatouage : une fois, un conseilleur a dit à mon client de cicatriser à la vaseline au lieu de la pommade que je recommande normalement . Moralité, mauvaise cicatrisation, et, lors de la visite de contrôle, mon client qui me sort :
"Oui, euh, mais machin m'a dit que la vaseline c'est top pour cicatriser"
Et bien non. La vaseline est un lubrifiant ! Et machin pourrait en utiliser pour s'enfoncer ses conseils à 2 balles dans le trou du même nom !... Oups, je m'égare ^^.

    Conseilleur Avocat du Diable : Avec lui pas de dialogue possible, il s'est levé du mauvais pied ce matin, et tout ce que je dirais sera contredit dans l'instant. Alors à moins de lui sauter dessus et de la bâillonner, il faut subir et attendre que l'orage passe.


Two is company, three is a crowd...
   Et jusque là, je n'ai parlé que du cas de figure le plus simple : 2 + 1. Car sur le principe du "plus on est de fou plus on ri", on peut avoir des situations plus complexes et plus anxiogènes. Parfois en face de soi on a 2, voire 3 conseilleurs : là c'est le début de la fin. J'ai déjà vu 2 conseilleurs monopoliser la conversation et empêcher le tatoué de me faire connaitre sa volonté.Au point de trouver un prétexte pour reporter le tatouage de façon à enfin savoir ce que le pauvre tatoué voulait vraiment se faire encrer...


Popup killer
   En conclusion, il ne faut jamais perdre de vue que c'est celui qui porte le tatouage qui doit le choisir, lui et personne d'autre. Je serais presque tenté d'imposer le tête à tête lors des entretiens préparatoires, si je n'avais pas conscience que les conseilleurs rôdent dehors, dans l'ombre, prêts à dévoyer leurs pauvres victimes...