12 juillet 2013

Les tatouages "hors la loi"

Tatouages interdits
     J'ai déjà abordé dans un article précédent mon approche subjective de ce que j'accepte de tatouer ou non, mais existe-t-il dans la législation française des dispositions explicites interdisant tel ou tel tatouage ?  

Dura lex sed lex :
Que dit la loi française ?
  • La loi du 29 Juillet 1881 punit : la provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale ; provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence nationale, raciale ou religieuse ; apologie de crime contre l'humanité ; injure publique raciale nationale ou religieuse ; diffamation publique raciale, nationale ou religieuse, apologie d'activités criminelles ou délictueuses.
  • L'article du Code pénal R. 625-717 punit la provocation non publique à la discrimination, à la haine ou à la violence nationale, raciale ou religieuse.
  • L'article du Code pénal R. 645-118 punit l'apologie de crime contre l'humanité ; l'injure publique raciale nationale ou religieuse, le port ou exhibition d'uniformes, insignes ou emblèmes rappelant ceux des responsables de crimes contre l'humanité.
  • La loi L.630 du 31 décembre 1970 punit l'apologie de l'usage de stupéfiants . 
Je suppose qu'un spécialiste du droit pourrait trouver d'autres textes.


Dans les faits.    
    Donc dans l'absolu, il faudrait prendre la liste des procès du Tribunal Pénal International de La Haye avant de tatouer un motif à connotation politique, et censurer tout ce qui tombe sous le coup de la loi : rude tâche. Car par delà les évidences, genre la méchante svastika, certains symboles sont plus vicieux, car toutes les idéologies majeures ont connu leurs dérapages sanglants, parmi lesquels beaucoup de crimes contre l'humanité, donc si le tatoueur veut éviter d'être complice d'une provocation légalement répréhensible, il doit faire preuve de discernement.

    A noter de surcroit que la loi française interdit explicitement les tatouages faisant l'apologie de l'usage de stupéfiants : donc adieu la petite feuille de cannabis, qui de toute façon dans la majorité des cas sera recouverte dans les 5 ans. 
    Au vu de la judiciarisation croissante de la société française, il est fort probable qu'un jour un tatoueur se retrouve devant un juge pour avoir réalisé ce genre de motif, surtout sur personne mineure.


Styles (8) : Le solid black (ou full black)




credit : bodymob blog.org via tumblr
L’œuvre au noir.
Alors voici une énigme, en tout cas pour moi : comment une technique utilisée pour camoufler à l'arrache les bousilles des anciens punks/skins est-elle devenue l'une de ces modes -absurdes- qui régulièrement traversent le petit monde du tattoo ?

Je veux bien respecter les gouts et les couleurs de chacun, mais pour moi qui suis en général allergique aux grosses tâches noires (genre tribal années 80/90), j'ai vraiment beaucoup de mal avec cette manie fashion qui consiste en ce moment à se faire encrer des aplats de noir, parfois sur un membre entier, et souvent pour ne rien recouvrir, ce qui était la fonction originelle de cette -non-technique.

Parlons-en d'ailleurs du trip flemmard : "on ne se prend pas la tête, on passe tout au black".


Travail au Black...
Le niveau technique général des professionnels du tattoo a tellement décollé ces 10 dernières années, qu'il existe une infinité de possibilités pour se débarrasser d'une encre indésirable.
Pendant ce temps le Solid black a pris le relais du tribal dans le rôle de solution de facilité. Mais là où le gros tribal noir a connu un plongeon abyssal dans les enfers de la ringardise, le Solid black bénéficie, en tout cas pour l'instant, d'une image hype : quelque chose m'échappe.

Daniel Darc - crédit : Thesupermat via humanite.fr
Il existe des tatouages ethniques impliquant de grands aplats de noir, c'est même parmi l'une des formes d'expression dermographique premières, justifiée par une esthétique et une sémantique propre à son contexte.
Chez les vieux punks/skins, cela se comprend par une forme de nihilisme, sur le fait aussi qu'à 50 balais parfois, genre Daniel Darc (RIP), on préfère se balader avec une tâche noire plutôt qu'avec un "A" cerclé, un parabellum ou une svastika.


Noir c'est noir.
Mais en dehors de ces contextes, quelle intérêt peut-il y avoir à écraser sous une indélébile chape d'encre noire d'innocents centimètres carrés de peau vierge ? Parce qu'il faut quand même le dire : c'est souvent le niveau zéro du tattoo : zéro créativité, zéro technique et probablement zéro signification : dans ce cas là ne vaudrait-il mieux pas faire zéro tatouage ?

Parce que les fashionistas du tattoo, qui se sont fait tatouer les trucs et bidules hypes du moment (genre le signe infini avec un prénom/mot dedans), quand ils vont passer nous voir pour un recouvrement dans quelques années (mois?), on va pouvoir les gérer sans trop de problème. 

credit : bodybuildingdungeon.com
Par contre le gars qui va se pointer avec un bras solid black, on ne va pas beaucoup rigoler et lui encore moins !