01 février 2014

Plaidoyer pour un diplôme de Tatoueur

Ars longa, vita brevis.

Après l'affaire des couleurs, un nouveau séisme secoue le microcosme du tatouage français: faut-il ou non un créer un diplôme professionnel de tatoueur ? Si oui, un CAP suffit-il ?

Lorsque j'ai adhéré au Syndicat National des Artistes Tatoueurs ( #SNAT ) il y a quelques années, c'est surtout parce que j'apprécie la démarche que ce syndicat à toujours soutenu, celle d'une professionnalisation du monde du tatouage. Enfin quand je dis « toujours », c'était avant qu'un syndicat plus récent, « Tatouage et partage », propose la création d'un Certificat d'Aptitude Professionnel (CAP) Tatoueur.

Je considère qu'un métier devient une profession sérieuse lorsqu'un seuil de compétence minimal est mis en place pour filtrer l'accès à son exercice. Ceux qui connaissent le milieu du tatouage savent que l'on y trouve tout et n'importe quoi : des BAC+5 Beaux Arts aux illettrés les plus crasses.


Une démarche de professionnalisation aboutit logiquement et nécessairement à un diplôme.

Première levée de boucliers de certains membres du SNAT : scandale et vociférations : « le tatoueur est un artiste », et un artiste n'a pas besoin de diplôme.
Absurde !
J'ai même vu passer un argument selon lequel Michel Ange n'aurait pas eu besoin de diplôme pour exercer : mélange de contre-sens historique absolu et mythologie romantique. Si la personne qui a avancé cette ânerie avait suivi des cours d'histoire de l'Art, elle aurait su qu'à la Renaissance, l'enseignement artistique dispensé par les ateliers était très long et très rigoureux, ce qui ferait probablement de Michel-Ange, Botticelli ou De Vinci les équivalents de doctorants en histoire de l'art et en Arts plastiques actuels.


Tout cela pose la question de ce qu'est un Tatoueur.
Tatouer implique la maîtrise de paramètres nombreux et variés : plastiques, techniques et para-médicaux. Tatouer ne se limite pas à une pratique « artistique », la signification de « Art » ou de « Artiste » relevant plus souvent de l'acception romantique, période fin XIXème, un esprit et une pratique libre, autodidacte, que de sa véritable origine :

« Ensemble des procédés, des connaissances et des règles intéressant l'exercice d'une activité ou d'une action quelconque » (Larousse.fr)

Ce qui fait de l'Artiste une personne ayant la maîtrise des ces procédés, connaissances et règles : et comment vérifie-t'on ou valide-t'on cette maîtrise et son acquisition, à part par le biais d'un diplôme ?
Aujourd'hui, un client qui rentre dans un studio de tatouage n'a absolument aucun moyen de savoir de quel niveau de qualification dispose l'intervenant qui va le tatouer. La seule "qualification" requise est le stage de 3 jours « hygiène et salubrité » : autrement dit, en forçant le trait, savoir se laver les mains ; c'est un peu juste comme garantie pour confier la réalisation d'un acte corporel définitif.

Mais alors pourquoi juste un CAP ?
Tenons-nous notre métier en si piètre estime, que nous voulions le faire reposer sur l'échelon le plus bas des qualifications professionnelles ? En France, selon la loi, pour ouvrir un salon de coiffure, il faut être détenteur d'un BP qui se situe au dessus du CAP donc en tout 3 années de formation.
Tout cela pour pratiquer des actes éphémères avec une responsabilité relativement limitée quant au client, et certains voudraient me faire croire que nulle compétence ne serait nécessaire ou requise pour pratiquer des actes définitifs avec l'énorme responsabilité que cela implique.

Mettre en place une filière de formation de sera ni simple ni rapide, cependant cela sera le seul moyen de faire sortir cette profession du flou et de l'obscurité où elle végète.

Combien de fautes d'orthographe sur des tatouages va-t-il encore falloir pour que l'on comprenne qu'un minimum de bagage académique est indispensable à l'accession au statut de tatoueur ?
Combien de studios de tatouages vont apparaître, durer 6 mois et faire faillite, avant que l'on comprenne que certaines choses ne s’apprennent pas sur le tas comme la gestion et la comptabilité ? 

Et je ne vais pas me lancer sur le terrain esthétique, où un minimum de culture, d'éthique et de technique nous épargnerait l'horrible vision de certaines horreurs...

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