14 juillet 2018

Avec le temps...

"Plus un tatoueur est bon, plus il y a d'attente pour se faire tatouer par lui."

Certains préjugés sur les tatoueurs ont la peau dure. Celui-là en particulier n'a jamais été autre chose qu'une légende, l'est d'autant plus maintenant que le marché est souvent en flux tendu : cet a priori  biaisé refait surface régulièrement dans les media ou sur les réseaux sociaux.

Disons-le tout de suite, il y a des très bons tatoueurs qui ont de longs délai avant d'obtenir un rendez-vous, c'est vrai.

Mais il y a aussi de mauvais tatoueurs qui ont le même genre de délais, car, oui, paradoxalement certains mauvais, voire très mauvais tatoueurs, "tournent" mieux que d'autres de bien meilleure qualité (autre débat).

Pourquoi ?
Parce que le délai avant de pouvoir obtenir un rendez-vous n'est pas intrinsèquement lié à la qualité du travail effectué, cela n'a même souvent aucun rapport : c'est une question de gestion de planning et de vitesse d'exécution.

Ce délai peut-être lié à de nombreux facteurs :
  • La vitesse d'exécution, selon qu'un tatoueur travaille vite où lentement, il peut gérer plus ou moins de rendez-vous.
  • L'amplitude horaire journalière : certains tatoueurs travaillent par petites sessions, j'en ai vu un qui ne tatouaient que 2 heures maximum par jour.
  • Le nombre de rendez-vous journaliers : certains tatoueurs ne font parfois qu'une seule pièce par jour travaillé.
  • Le nombre de jours travaillés dans la semaine : 2,3,4,5,6 ? 
  • La présence en boutique : certains tatoueurs font des guests (aller tatouer dans une autre boutique) ou des conventions et donnent des rdv sur leurs périodes de présence ce qui peut sérieusement allonger les délais.
  • La capacité à respecter un planning : certains tatoueurs sont assez nonchalants avec le respect des horaires et n'hésitent pas à reporter à l'envie certains rendez-vous : j'ai déjà vu un tatoueur reporter 6 fois le rdv d'un client, sans motif réel et sérieux. 
  • Le type de travail effectué : un tatouer pratiquant un style très particulier est susceptible d'attirer une clientèle plus "pointue" mais moins nombreuse, là où un tatoueur généraliste, acceptant tous types des travaux, aura accès à une plus grosse partie du marché, donc plus de rdv potentiels.
  • La gestion du planning : certains tatoueurs donnent volontairement des rendez-vous à moyen terme, pour donner l'impression d'avoir de l'attente (effet pervers de la légende).
  • Le lieu d’exécution : une boutique est tributaire de sa zone de chalandise, un même tatoueur ne remplira pas son planning de la même façon dans un village de 1500 habitants que dans une ville d'un million d'âmes.
  • Le nombre de concurrents sur une zone de chalandise donnée : pour l'avoir vécu, un planning ne se remplit pas de la même façon avec 10 ou avec 100 concurrents directs.

Tous ces facteurs sont indépendants de la qualité du travail effectué, pourtant chacun peut moduler le temps d'attente pour obtenir un rendez-vous.

On peut comprendre qu'un tatoueur qui travaille vite et qui est présent 5 jours par semaine, 7 heures par jours en boutique, sans aller faire de guests ou de conventions, pourra traiter plus de projets qu'un autre qui travaille lentement, 2 heures par jours et 3 jours par semaine et qui irait faire des guests et des conventions plusieurs fois par an : donc à volume égal de travail, le premier pourra traiter 20 tatouages en une semaine, là où le second mettra un ou deux mois pour les gérer.

Et tout cela, toujours, sans parler une seule seconde de la qualité du travail.

La seule condition déterminante pour juger de la qualité d'un tatoueur, c'est la qualité de son travail, point barre.



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